La Garde de Nuit (enfin, jusque minuit)

« La prison », « la cellule », « le frigo », « le piquet. »

C’est comme ça qu’elle a été appelée à sa création. La Maison Médicale de Garde.

C’est une salle de consultation commune où nous, les collègues du coin, nous nous relayons pour consulter en continu de 20h à minuit la semaine, et de 14h le samedi à minuit le dimanche le week-end (avec une petite pause de minuit à 8h entre le samedi et le dimanche, quand même).

Enfin je dis « nous », c’est surtout plutôt moi finalement, qui m’y relaie, puisque, ayant un emploi du temps de branleur remplaçant, les confrères me refilent leurs gardes larga manu.

Elle n’a pas fait l’unanimité à sa création, certains collègues plus expérimentés que moi n’ayant connu que les gardes, à domicile, de nuit, se sont mal habitués à venir travailler dans un environnement nouveau. Et c’est vrai qu’elle est sordide : une salle d’attente, un bureau de consultation, des toilettes, une salle supplémentaire vide. Littéralement vide.

Alors oui, elle n’est pas sexy, mieux vaut aimer la solitude et emporter : des livres / une PSP / de quoi regarder des films, et Twitter… Mais à force d’y aller, j’y ai pris mes marques, mes habitudes et même son odeur m’est familière. Je peux -presque- vous dire quel type de patient va venir consulter en fonction de l’heure (attention spoiler : personne le dimanche avant 10h, ni entre 12 et 14h).

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Comment ça se passe ?

En pratique, vous avez un souci de santé, vous êtes inquiet, vous pensez que ça ne peut pas attendre, mais tout de même que ça n’est pas une urgence vitale. Vous hésitez, vous tergiversez, vous tournez, virez, vous parlez avec vous-même dans le dedans de votre tête : « tout de même je vais pas appeler le 15 pour ça », « mais bon quand même c’est embêtant, je ne sais pas si je vais pouvoir attendre demain. »
Pas de panique ! Le médecin régulateur du 15 est là pour vous aider et vous conseiller.

Soit le médecin régulateur de la permanence des soins peut résoudre votre problème par téléphone, soit il estime qu’il faut que vous consultiez un médecin, et c’est là qu’il vous conseille de vous rendre à la maison médicale de garde.

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Mais alors, qui vient consulter à la maison médicale ?

Fort de mon expérience A vue de nez, on peut distinguer :

Le soir :

– Les parents : grosse, grosse part de la population qui consulte à la MMG le soir.

Typiquement, le couple (premier enfant, poussette, sac à langer, protège carnet de santé brodé), ou la maman seule ou plus rarement le papa seul (enfants suivants, porte bébé, pas de couche de rechange) qui amène un enfant âgé de 1 mois à 5 ans qui « a de la fièvre depuis cet après-midi », ou qui « a vomi chez la nounou », ou encore qui « se touche l’oreille », et plus rarement qui « tousse depuis 5 jours » (entrainant immédiatement de ma part de la question : « Qu’a dit le médecin qui le suit d’habitude à propos de ça ? », entrainant inévitablement la réponse : « On n’a pas été le voir, il a trop de monde ! »)
La plupart du temps, il s’agit d’une virose bénigne, et l’essentiel de la consultation est de la réassurance, du conseil, des explications sur les signes de surveillance, de gravité, sur comment faire la prochaine fois que ça arrive, avec en filigrane que ça ne nécessite pas forcément une consultation urgente.

– Immédiatement après : les patientes chez qui « ça brûle, je fais pipi toutes les cinq minutes, mais juste trois gouttes. »
L’infection urinaire, on ne peut pas la traiter par téléphone, il faut un interrogatoire minutieux, une prise de température, de tension, une palpation abdominale et des fosses lombaires. Et on ne peut décemment pas laisser traîner.

– Puis les nomades médicaux, qui n’ont pas de médecin traitant, chez qui on diagnostique souvent des affections bénignes aiguës, ou parfois des choses plus embêtantes qui nécessiteraient un suivi régulier. Ceux-là, qui ne sont « jamais malades », on leur donne l’adresse du confrère le plus proche de chez eux, car, en pratique, ils n’ont rien à faire à la maison médicale de garde.

– Enfin, les touristes, qui peuvent appartenir aux trois catégories précédentes, qui ne connaissent pas le coin, encore moins les médecins, qui donc ont fait le 15 et se sont retrouvés là.

Le week-end :

On retrouve toutes les catégories précédentes, mais on peut y ajouter :

– Les propriétaires de chien / chat / rat / furet qui, en nettoyant la cage / litière / gamelle, se sont pris un petit coup de griffe / dent / croc, et maintenant, c’est rouge, c’est chaud, c’est gonflé, ça fait mal.

– Les bricoleurs / jardiniers / promeneurs du samedi / dimanche qui se sont pris un coup de branche dans l’œil / scie dans la cuisse / tique dans le bras.

– Les sportifs de tout âge : qui un trauma crânien, qui une entorse de cheville, qui un tacle au genou.

Bien sûr, on voit aussi arriver ceux qui « ont mal dans la poitrine depuis tout à l’heure, ça me serre et puis ça me fait mal dans la mâchoire aussi », ou ceux qui « se sont amputé le doigt avec la tronçonneuse. » Heureusement, pour eux, les collègues des urgences sont tout près.

Malgré tout, j’aime y travailler. L’affluence modeste permet de prendre son temps, d’expliquer, d’installer une ambiance détendue. Bref de faire la médecine que j’aime en rendant un vrai service. What else ?

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5 réflexions sur “La Garde de Nuit (enfin, jusque minuit)

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