Et encore quelques jours de gloire

Fin 2013, la nouvelle tombe : SECOND RATE se reformera au printemps 2014, le temps de quelques dates. Excitation. Mais pas du genre demi-molle hein, plutôt le manche de guitare. La guitare basse même, m’voyez.

Flash-back, années 90. L’avènement de Seattle, nouvelle capitale mondiale, marque à la fois la fin de l’insouciance fluo des années 80 et du glam-rock. Cindy Lauper et Dimebag Darrell s’empressent de remiser au placard leurs justaucorps à imprimé panthère. Mais le grunge vient à peine d’exploser à la face du monde qu’il est déjà mort, sur les traces du blondinet génial qui s’est… euh… lui aussi explosé la face.

Bien qu’éphémère, le mouvement grunge aura constitué un terreau fertile pour un certain revival punk. Ce n’est que justice, il en avait emprunté quelques codes : un côté garage, la primauté de l’émotion sur la technique, et des T-shirts troués sentant la transpiration.
Sauf qu’à côté des traditionnels iroquois épinglés à nourrice, une partie de ces punks-là sont discrètement plus présentables. Certaines chansons ont maintenant le droit de contenir plus de trois accords et de s’allonger sur plus de 2min30, elles délaissent assez souvent le terrain social ou politique, et se font volontiers mélodiques, incorporant ça et là quelques éléments pop (au sein des groupes jouant ce qu’on appellera avec plus ou moins d’acuité « emocore »), voire beaucoup de pop (GREEN DAY, THE OFFSPRING). Entendons-nous bien, ils sont propres sur eux, certes, mais ils roxent quand même.

C’est nourri de cette vague revival punk rock / hardcore mélodique / emocore (SAMIAM, HOT WATER MUSIC, JAWBREAKER, TEXAS IS THE REASON, THE GET UP KIDS, JIMMY EAT WORLD, THE PROMISE RING… desquels on peut rapprocher quelques chansons de SUGAR, JAWBOX, FARSIDE, DOUGHBOYS, SUNNY DAY REAL ESTATE…), des parrains de la scène française (THUGS, BURNING HEADS, DRIVE BLIND…), mais également d’une culture musicale bien plus large, que se forme SECOND RATE en 1998 à Besançon, sur les cendres de GIMP et UNDULY. Et le groupe va traverser le paysage rock français comme une comète, prouvant par là même que le Doubs a d’autres choses à offrir au monde que des fromages, du vin blanc dégueulasse un cépage au goût particulier, et des congères sur le bord des routes jusqu’à la mi-mai.

Emmenés par Samuel « Nasty Samy » Guillerand à la guitare et Sylvain Bombled à la batterie et au chant, les quatre Bisontins enchaînent les titres (démos, compils, split avec BRAINWASH) et les concerts. Ils fondent leur propre structure (Vampire Records) pour sortir leurs disques, ainsi qu’une newsletter (Unwell).

En 2000 sort leur premier 6-titres, avec l’aide du label Prehisto’Rock, « NiceLineLife », dont la production un peu lisse ne rend pas tout à fait hommage aux compos, et n’arrive pas à restituer l’atmosphère incandescente de leurs prestations scéniques. Car si SECOND RATE n’oublie jamais la mélodie qui viendra piquer ton petit cœur tout mou d’emo-kid, les lascars ne sont surtout pas en reste lorsqu’il s’agit de botter des culs. Un essai non transformé donc, mais beaucoup de belles promesses.

Et justement arrive l’année suivante un véritable album, *sobrement* intitulé « Grinding to dust two years somewhat insane », et là, BIM, la baffe. Une évidence. Sans rien renier de l’émotion ni de la musicalité du premier EP, les chevaux sont lâchés, les guitares déferlent enfin en studio comme sur scène. L’alchimie entre la fureur punk, la mélancolie émo, et quelques arrangements power-pop est parfaite. Elle ne quittera plus jamais les Bisontins.
La galette est vivement acclamée par la presse spécialisée et le public (la presse et le public punk rock français, fidèles mais un peu restreints quoi). Le groupe trace sa route, continuant à brûler les planches, tournant sans relâche aux quatre coins de France et aussi des petits bouts d’Europe, usant quelques bassistes en chemin (Tyco, Lutin, Fred Allerat). Il en profite même pour punaiser à son tableau de chasse le Printemps de Bourges 2002 et les Eurockéennes de Belfort 2003.

A défaut d’un contexte réellement favorable en France pour faire vivre un groupe de punk rock, il existe une belle émulation. Pas forcément dans l’entourage immédiat, mais partageant une proximité de style, citons les SEVEN HATE qui ralentissent le tempo de leur skatecore à cette période pour y incorporer des éléments emo, les stéphanois de SIXPACK (se réincarnant un peu plus tard en WEI JI) qui n’avaient rien à envier à SAMIAM à part un peu plus de moyens, et THE BUSHMEN, le plus australien des groupes français.
Surtout, SECOND RATE mènent la barque avec leurs amis de DEAD POP CLUB de l’Emo Glam Connection, une « team » pour la déconne (voir interview) regroupant certaines fines lames de l’emo-punk et du hardcore mélodique made in France (SEXYPOP, FLYING DONUTS, HOMEBOYS, UNCOMMONMENFROMMARS…). Trois compilations spécifiques verront le jour, ainsi qu’un split avec les FLYING DONUTS, et entre temps un autre split avec les anglais de SCUTTLE. D’autres morceaux seront enregistrés dans la foulée, notamment une reprise du générique des « Cosmocats » pour l’hilarante compilation « Pop Core’N » (reprises de génériques de dessins animés et séries TV par 13 groupes de la mouvance). Ceux qui ont survécu à cette époque sont malheureusement rares, et SECOND RATE ne fera pas exception à la règle.

Alors que 2003 s’annonce comme l’année de la consécration, avec une signature programmée sur la major BMG, et un deuxième disque pour lequel on leur promet des conditions d’enregistrement idéales, Sylvain jette l’éponge, ne pouvant plus tenir le rythme des tournées incessantes et le concilier avec sa vie personnelle et notamment la reprise de ses études. Les nouveaux morceaux étant déjà composés, les Bisontins enregistrent quand même ce fameux second album, puis se séparent, en bons termes. « Last days of glory » est donc un album dont les chansons n’auront pas été jouées en live, et au vu de leur qualité, on ne peut que le regretter (et attendre cette mini-tournée à venir avec d’autant plus d’enthousiasme).

Sam poursuit l’aventure au sein d’HAWAII SAMURAI (surf rock) et des LOST COWBOY HEROES (dans un style très proche de SECOND RATE), emmenant Fred avec lui pour assurer le chant et la basse. Un album et un EP avec RAVI verront le jour, avant que des problèmes de line-up ne décident le groupe à jeter l’éponge.
Fred prend ensuite le virage d’une carrière solo aux accents folk sous le nom de BILLY THE KILL.
Sam, en véritable stakhanoviste, fonde TEENAGE RENEGADE (pop-punk avec madame au chant, et son avatar acoustique TEENAGE MIXTAPE), THE LAST BRIGADE (indie rock à l’ancienne), DEMON VENDETTA (surf music/horror rock) et THE BLACK ZOMBIE PROCESSION (bonne synthèse de tous les styles abordés par le bonhomme dans sa carrière, avec des morceaux de thrash dedans), multipliant par ailleurs les collaborations (HELLBATS, DUMBELL, Simon Chainsaw, Scott « Deluxe » Drake). Il y joue de la guitare ou de la basse.
Sylvain quant à lui part explorer d’autres horizons dans GENERIC (duo noise/post-rock avec Lutin à la basse, ex-SECOND RATE), NAPOLEON SOLO (bref retour au punk/hardcore avec deux membres de DEAD POP CLUB et un ex-HOMEBOYS, entre autres), ROBESPIERRE (pop-rock), MAYERLING (électro-pop planante, avec Boris Magnin de ROBESPIERRE).
Si si la famille.

A l’occasion de la réédition chez Kicking records de l’intégralité de la discographie du groupe en format vinyle, sous la forme de quatre LP avec un artwork revisité, SECOND RATE se reforme « de manière ponctuelle et définitive », histoire de prolonger le souvenir, avec spontanéité et passion. « Cinq dates, pas une de plus, pas une de moins. »
Une grosse trique vous disais-je !

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J’avais eu le plaisir d’interviewer Sam et Sylvain il y a un peu plus de dix ans, ils se sont gentiment repliés à l’exercice. Back to the future.

Comment est né ce projet de réédition de la discographie du groupe et cette mini-tournée de reformation « promotionnelle » ?
Sylvain : L’idée de départ était plutôt de remettre le couvert pour quelques dates avec SECOND RATE si nous arrivions à faire coïncider les plannings de chacun. Déjà là, beau challenge.
Sam : Les disques sont épuisés et difficilement trouvables depuis un moment déjà, ça fait quelques années qu’on voulait les rééditer d’une manière ou d’une autre. Pour les concerts, on en parlait également depuis quelques temps, mais on attendait que quelque chose soit fait pour la réédition des disques. Il y a des périodes où le projet semblait avancer puis ça retombait, on est tous occupé avec d’autres activités, d’autres groupes, etc., il n’a pas été facile d’aligner nos plannings et de trouver une période où nous étions tous disponibles pour le faire. Il y a les concerts, mais aussi les répétitions, ça prend plus de temps qu’il n’y paraît.
Sylvain : Lors de tournées avec nos groupes respectifs, il y a toujours des fans de SECOND RATE qui nous demandent où il est possible de se procurer des albums. C’était une évidence de faire cette tournée et de represser pour répondre à cette demande. Avec quatre beaux vinyles, à chaque fois un nouvel artwork, mais dans l’esprit des premiers visuels tout de même.

Pourquoi ce choix en 2014 d’une réédition uniquement en format vinyle ? Vous êtes devenus des putains de hipsters en fait ?
Sylvain : La priorité était de donner aux fans qui viendront nous voir en concert la possibilité de repartir avec un bel objet et quoi de plus beau qu’une galette de bakélite tournoyant sur ta platine mec ? Avec une pochette aux dimensions honorables.
Sam : La question ne s’est pas posée, en 2014 il aurait été tout simplement ridicule de rééditer le catalogue discographique de SECOND RATE en format CD, absolument aucun rapport avec le fait d’être hipsters ou quoi que ce soit. Nous sommes de la génération qui a découvert la musique avec des vinyles (mi 80s / fin 80s), le format CD n’existait pas encore. Notre première « vraie » production, après deux K7 démo, était un split EP (45t). Nous avons ensuite sorti un autre split 10’ vinyl quelques années plus tard, donc ce support est lié à l’histoire du groupe. En revanche, nos albums ne sont sortis qu’en format CD, cette réédition permettait donc de proposer un autre format, avec un nouvel artwork… bref faire un truc neuf avec du vieux !
Sylvain : Pour ma part j’achète toujours des vinyles et je crois que c’est le cas de tout le monde dans SECOND RATE.
Sam : Les gros medias culturels et le music business essaient de faire croire aux consommateurs de musique lambda que le format vinyl a disparu pendant des années mais c’est complètement faux, personnellement je n’ai jamais cessé d’en acheter et même d’en sortir avec mes propres groupes. Donc ce n’est pas un « retour du vinyl », c’est juste que c’est un support qui est à nouveau exploité pour des raisons commerciales. Après avoir complètement dématérialisé la musique, il a bien fallu opérer un retour en arrière, et il y a ce regain d’intérêt pour les trucs vaguement « vintage ». De notre côté, rien de tout ça, une réédition discographique de cette sorte, en édition limitée, n’a de sens que dans un format vinyl, c’est sûr et certain. 
Sylvain : Pour l’instant il n’y a pas de téléchargement mp3 disponible, mais ce sera chose faite prochainement, je m’y engage !

Ça fait quoi de retravailler les chansons de SECOND RATE après toutes ces années ?
Sam : On a commencé les répétitions il y a deux mois. C’est sympa de se remettre dans du matériel qu’on a essentiellement composé il y a pas loin de 15 ans, un peu étrange aussi… Un peu comme de ressortir une boîte de vieilles photos ! On se marre sur la naïveté et la spontanéité de certaines parties, ou des riffs un peu cagneux, des arrangements un peu épais, mais bon, ça a été composé comme ça, on le joue dans le même esprit. Il y a des morceaux qui ont bien vieilli, d’autres beaucoup moins, mais c’est le but du jeu. Perso, je n’avais pas réécouté ces morceaux depuis très longtemps, il a fallu que je me remette tout ça dans la tête, et que je décortique les chansons. Et mon jeu de guitare n’est plus du tout le même, il a fallu reprendre les vieilles habitudes. En tout cas c’est fun !
Sylvain : Franchement ça revient assez vite ! Effectivement certains titres ne nous procurent plus le même feeling qu’à l’époque, c’est normal. En tout cas c’est bien plaisant de se retrouver tous ensemble sans aucune pression !

L’histoire de SECOND RATE a été « brève mais intense » : beaucoup de concerts, une excellente presse, une signature avortée avec une grosse maison de disque, etc. Quel regard portez-vous là-dessus a posteriori ?
Sylvain : Pour ma part, Je ne suis pas du genre à regretter même si je peux parfois paraître nostalgique, ce qui est fait est fait, je le referais certainement à peu de choses près à l’identique. Je regarde rarement en arrière, je suis plutôt du genre à regarder droit devant. Toutes ces expériences me servent dans mes projets musicaux actuels. Ma seule réelle fierté, c’est que SECOND RATE a bataillé dur pour exister à force de sueur, de kilomètres ingurgités et de démerde.
Sam : C’est une belle tranche de vie, on a vécu ces 5 années à fond, il y a même une période où on habitait quasiment tous ensemble dans le même appart’, donc il y a les répétitions, les concerts, les sessions studio mais tout ce qu’il y a autour, la vie quotidienne, toujours les uns sur les autres, les soirées folles, etc. Pendant 5 ans, le groupe était au centre de nos vies. Moi c’est une période que je regarde avec un peu de tendresse, c’était assez chaotique, très wild, ça c’est une certitude, on a bien rigolé et on en a profité au max. C’est aussi une période qui correspond aux jobs pourris, aux périodes de chomdu, au service militaire, à la démerde, à la bricole, à la teuf’ sans répit, aux excès, bref, les jeunes années consumées par les deux bouts… Et d’un autre côté, SECOND RATE représente pour moi la première « vraie » expérience de groupe, c’est avec ce groupe que j’ai mis le pied à l’étrier, que j’ai tissé mes premiers contacts solides avec la scène punk/indie/rock/hardcore française, c’est aussi pendant ces années que j’ai creusé mon intérêt pour les fanzines, la distribution indépendante, le trip DIY (ndt : Do It Yourself), etc. Je faisais une grosse partie de boulot sur le management, chercher les concerts, bosser sur la promo, etc. Donc pour moi c’est clairement avec SECOND RATE que tout a vraiment commencé. J’ai eu quelques groupes avant, mais rien de très sérieux. C’est avec SECOND RATE que je me suis rendu compte que je pouvais faire de la zique, l’enregistrer, tourner, etc. Même si musicalement je suis passé à autre chose, ce groupe restera quand même comme étant à la base de mes activités, sans cette expérience, je ne serais pas là à faire ce que je fais là aujourd’hui avec mes autres groupes.

Sans fausse pudeur, vous avez l’impression d’avoir laissé une trace dans l’histoire du rock en France ? 
Sylvain : Laisser une trace dans l’histoire du rock français ? Où que je sois en tournée, et ce avec n’importe quel groupe, il y a toujours un mec qui vient me parler de SECOND RATE et de l’importance que ce groupe a eue sur lui, sur ses influences musicales, donc j’imagine que oui.
Sam : C’est toujours agréable d’être en tournée avec un autre groupe, plus de 10 ans après, genre à 800 bornes de chez soi, et de rencontrer quelques mecs ici et là qui te disent qu’ils ont vraiment aimé ce groupe, que ça correspond a de bons souvenirs pour eux, que ça leur a permis de découvrir d’autres trucs liés à la même scène, etc. Même si c’est à une petite échelle, c’est toujours agréable à entendre et c’est flatteur, donc je ne sais pas quelle « empreinte » on a laissé, mais si quelques mecs s’en souviennent et en gardent un bon souvenir, c’est déjà cool !

Vous connaissez Fred depuis longtemps comme il faisait partie de BRAINWASH, vous sembliez vraiment proches de certains membres de l’Emo Glam Connection… Il y avait une « scène musicale » bien sûr, mais on avait même l’impression que c’était un peu plus, une « communauté ». Vous voyez ça comment ?
Sam : En fait, Fred, il n’y a que moi qui le connaissais à la base, à travers mes activités de fanzines, il éditait à l‘époque « Brainless », un zine bien fun affilié à la scène mélo. On a changé plusieurs fois de bassiste, et je lui ai demandé si ça l’intéressait de venir jouer avec nous quand il a fallu une nouvelle fois changer de bassiste en 2002. Il habitait à l’époque à 600 bornes de chez nous, à Limoges, il est donc venu s’installer à Besançon.
Sylvain : Fred est un super mec qui a toujours répondu présent quand nous avions besoin de lui, merci à lui.
Sam : Pour les autres groupes que l’on croisait sur la route, souvent les mêmes d’ailleurs, avec certains on a tissé des liens plus serrés… notamment avec les mecs de Dead Pop Club, avec lesquels on était sur la même longueur d’onde sur pas mal de choses, la musique, mais aussi les films, les comic-books, la culture populaire en général, et la façon d’appréhender tout ça, c’est-à-dire avec le sourire et une canette à la main, hahaha ! Perso je suis toujours en contact avec quelques mecs rencontrés à l’époque, que je revois au détour d’une tournée, on s’échange quelques mails, on prend des nouvelles les uns des autres quand l’occasion se présente.
Sylvain : Avec DEAD POP CLUB, HOMEBOYS et plus tard FLYING DONUTS, SEXYPOP, UNCOMMONMENFROMMARS, nous étions sur la route quasiment tout le temps aux mêmes moments. Nous avons partagé tellement de dates, forcement des liens se sont créés. Je considère certains membres de ces groupes comme des frères.

A Montreuil vous serez justement avec les DEAD POP CLUB, dont on n’avait plus de nouvelles depuis quelques années, et les FLYING DONUTS, qui préparent enfin un nouvel album pour cette année, mais qui si j’ai bien compris vont profiter de la tournée pour rejouer en intégralité leur premier album dont c’est l’anniversaire : 2014, le retour des emo-glams-vivants ? C’est ton goût pour le cinéma d’horreur qui transparaît Sam ?
Sylvain : Les DEAD POP CLUB tournent moins ces dernières années mais jouent encore régulièrement et je suis hyper content de refaire une date avec eux, leur dernier album en date « Home rage » est vraiment génial. Et avec les FLYING DONUTS qui rejouent leur premier album, ça sent bon les 90s !
Sam : Sur certaines dates, effectivement, c’est la bonne occasion de proposer des plateaux similaires à ceux d’il y a une douzaine d’années… Un bon trip d’anciens combattants quoi, hahaha ! Le trip « Emo Glam Connection » c’était une grosse farce, juste une poignée de groupes qui se connaissaient, qui évoluaient plus ou moins dans la même scène et qui se refilaient des plans ici et là. Au départ c’était juste un gimmick que l’on avait utilisé pour se foutre de la gueule de toutes ces « team » de groupes neo-metal qui pullulaient un peu partout en France… Nous c’était la team « Emo Glam Connection », terme qui ne voulait, et ne veut toujours, rien dire…

Tant qu’on en est aux choix des noms, pourquoi SECOND RATE ?
Sam : Beaucoup pensent que c’est un clin d’œil à un titre de DRIVE BLIND (sur leur dernier album « Be a vegetable »), mais en fait non… On avait choisi deux noms et on a pris celui-ci, tout simplement. L’autre a servi pour notre association.
Sylvain : SECOND RATE, nous entendions par là : « de deuxième choix », « pas de première fraicheur ». Nous avions tous déjà pas mal d’expérience de la scène avant SECOND RATE, dans d’autres formations plus ou moins glorieuses, c’était assez facile !

Des groupes de l’Emo Glam Connection, ou ceux qui jouaient un peu dans la même cour à l’époque (SEVEN HATE, SIXPACK, THE BUSHMEN…), il ne reste plus grand monde. Ce qui domine à la fin, c’est quoi ? L’amertume d’avoir du saborder l’aventure en plein essor, de vivre dans un pays où c’est une vraie galère de faire du rock, et encore plus d’en vivre ? Ou bien au contraire c’était une étape, un mal pour un bien qui vous a permis d’explorer de nouvelles choses musicalement ?
Sam : Comme toute histoire, il y a un début, et une fin. Un petit goût d’inachevé en fin de compte mais tout le monde a rebondi sur d’autres trucs… et ça c’est important ! Tous les membres de SECOND RATE ont continué de faire de la musique, on ne dépoussière pas les instruments pour cette petite réunion, ils n’ont tout simplement jamais cessé d’être utilisés.
Sylvain : Personnellement, aucune amertume, c’était bien, c’était hier, demain sera meilleur… Malgré tout, je suis vraiment content de revivre ça. Ces années m’ont forgé, marqué ma vie à tout jamais, elle font partie de moi. J’assume une partie du split de SECOND RATE parce que j’ai fait ça le plus proprement possible. Après cela, il y a eu de la déception c’est évident, mais pas de rancœur. Faire du rock en France n’était pas simple à l’époque et c’est encore plus vrai aujourd’hui je trouve, n’importe qui peu promouvoir n’importe quoi via internet en un clic et te faire gober de la merde et c’est pas évident de ne pas se faire enfumer. Nous ne nous posions pas ces questions, pour exister c’était simple, il fallait jouer. Nous le faisions point.
Sam : Le gros problème de ce pays, ce ne sont pas les groupes, mais les structures. Labels, radios, presse, salle de concerts, tourneurs, quand tu compares avec d’autres pays (même européens), c’est parfois un peu frustrant… Qu’importe la qualité et la quantité de ton travail, il n’y a quasiment aucune chance qu’un groupe underground explose comme ça peut être le cas aux Etats-Unis par exemple, où là, tu as clairement une marge de progression, des labels de différentes tailles, des tournées en support d’autres groupes, etc. Là-bas tu as le circuit indépendant et ensuite le circuit des salles, des festivals, des arènes, etc. Ici, un groupe qui commence à faire parler de lui en drainant quelques centaines de personnes a peu de chances de passer à l’étape supérieure, puisque d’étapes supérieures, il n’y en a pas vraiment ! Après il y a aussi le problème du public qui suit quand même pas mal les vagues successives, les modes musicales (et ça c’est aussi valable dans l’underground)… bref, c’est un problème compliqué. Sinon comme je l’ai dit, SECOND RATE, pour moi c’était la première marche d’un escalier… que je continue à gravir, en revanche je ne sais pas où il me mène…
Sylvain : A l’époque on ne voyait pas ça comme une étape, c’était notre vie, rien de comptait plus que ça. Mais j’ai aussi toujours eu l’envie de lorgner ailleurs. Cela fait bien longtemps maintenant que j’expérimente d’autres niches musicales en solo à l’aide de bécanes analogiques. Je suis très inspiré par le travail d’artistes comme Terry Riley, Mort Garson, Steve Reich, Klaus Schulze, Brian Eno, Peter Broderick, Marcus Ficher, Teho Teardo, Moondog… J’aime balancer du bon rock mais j’aime aussi sortir des chemins conventionnels.

Quels sont vos autres projets actuels d’ailleurs ? Sylvain j’ai lu que tu as été artiste associé à la Rodia, en quoi ça consiste ?
Sylvain : Le terme est vraiment pompeux, disons que j’ai eu la chance d’être choisi en 2013 comme artiste résidant par la salle de spectacle La Rodia à Besançon. J’ai pu y développer MAYERLING, le projet artistique que je partage maintenant avec mon ami Boris. J’ai eu à disposition tout le matériel humain et technique pour enregistrer un premier album (« Cut up ») qui est sorti sur l’excellent label Hands in the dark. J’ai pu bosser sur ce projet pendant un an. J’ai monté durant cette période des ateliers autour des musiques improvisées avec une école de musique et des élèves du conservatoire de Besançon. Pour en revenir à MAYERLING, disons que ça oscille entre plusieurs univers d’obédience « ambient ». Nous serons le 17 avril prochain à la Flèche d’Or à Paris avec SAÅAD et DEATH & VANILLA pour une soirée spéciale du label.
Sam : En ce moment, je joue dans deux groupes, que j’ai fondés, THE BLACK ZOMBIE PROCESSION (horror rock/crossover/thrash) et DEMON VENDETTA (surf music/horror rock). Le nouvel album de BZP sort le 21 avril, et je pars sur les routes de France pour une vingtaine de dates juste après les quelques concerts de SECOND RATE, et il y aura encore quelques concerts de BZP à la rentrée. Puis je partirai un mois en novembre sur la route avec DUMBELL (un groupe de Detroit, rock graisseux et teigneux à situer entre MC5, DEADBOYS et BLACK FLAG) pour qui je joue de la basse sur quelques unes de leurs tournées européennes. Je continue également d’éditer mes fanzines, et quelques livres. Enfin j’anime aussi le podcast « Now it’s dark » où on parle de rock au sens large, de cinéma d’horreur et de série B, de culture underground… Toutes les infos sur mes activités sont regroupées sur mon site perso « Everyday is like Sunday »

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Discographie studio :
– Split Second Rate / Brainwash (1999)
– NiceLineLife (2000)
– Grinding to dust two years somewhat insane (2001)
– Split Second Rate / Scuttle (2002)
This machine kills emo-kids : split Second Rate / Flying Donuts (2003)
– Last days of glory (2003)

Compilations avec les copains :
Emo Glam Connection (2001)
Emo Glam Connection, Volume 2 (2003)
(un troisième volume existe, paru en 2006, mais sans chanson de SECOND RATE du coup)
Pop Core‘N (2003)

A écouter en priorité :
Albums : achète une platine, viens aux concerts, repars avec les vinyles et pose pas de question !
Chansons : With the sun, Death takes me away, Close to you, ThemDegrassi high school, Oklahoma kids, No one can control (rock ‘n roll), Cosmocats Theme
(et d’une manière générale tout ce que tu pourras trouver sur la toile)

Sites :
Kicking records : http://www.kickingrecords.com
Everyday is like Sunday : http://www.likesunday.com
THE BLACK ZOMBIE PROCESSION : www.bzp.fr
MAYERLING : http://www.mayerlingproject.com
BILLY THE KILL : http://www.facebook.com/pages/Billy-the-Kill/74754596567

Dates de la tournée :
30 avril : Besançon (La Rodia) + RED GLOVES + FLYING DONUTS + BILLY THE KILL
1er mai : Chalon-sur-Saône (La Peniche) + FLYING DONUTS
2 mai : Lyon (Le Ninkasi) + FLYING DONUTS + more
3 mai : Montreuil (La Pêche) + DEAD POP CLUB + F. DONUTS + REBEL ASSHOLES
4 mai : La Rochelle (Le Barbarella)

5 dates, pas une de plus, pas une de moins

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4 réflexions sur “Et encore quelques jours de gloire

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