Ça pique ?

– Putain ça caille.
– …
– Allez fais pas cette tête, si ça se trouve c’est rien, et puis si c’est pas rien on recommencera.

Attends, j’ai vraiment dit ça ????
Des fois, plus la situation est dure, plus les propos sont stupides.

Dehors ça sent bon, ça sent l’été. Si c’était pas une journée de merde, ce serait une belle journée.
Et dedans, bah dedans ça sent l’hôpital, ça pue l’hôpital même, ça sent le désinfectant, la mort, la peur, l’angoisse. Mon angoisse.

.

– Bonjour, je suis étudiant en médecine, c’est moi qui vais m’occuper de vous aujourd’hui. Alors qu’est ce qui vous amène, madame ?
– Bin, je suis enceinte de 6 semaines, et hier soir j’ai eu mal au ventre, très mal même, et ce matin ça saigne.
– Ça saigne où ?
– Euh, je suis bien aux urgences gynéco ?
– Oui.
– Je dois vraiment vous faire un dessin ?
– Euh… Non.
– Bien.
– Alors décrivez-moi cette douleur ?
– C’est comme des douleurs de règles mais en plus puissant, beaucoup plus puissant.
– Madame, je suis un homme, les douleurs de règles moi je connais pas, va falloir être plus précise. Ça pique ?
Connard, un moustique ça pique, la moutarde ça pique, je te dis que j’ai mal. Qu’est ce que tu comprends pas ? Si je te mettais un coup de pied dans les couilles si ça se trouve tu comprendrais mieux ?
– C’est difficile à expliquer, ça fait mal quoi…

.

– Bonjour madame, je suis l’interne.
– Bonjour.
– OK alors expliquez-moi ce qui vous amène.
Allez c’est reparti…
– On va regarder ça, mon collègue va rester, pour apprendre quoi, enfin vous comprenez…
– Oui.
– Par contre, monsieur, il va falloir sortir.

OK alors, recadrons un peu les choses, lui là, le jeune-là, l’étudiant qui me regarde avec sa tête de gland, que je connais même pas son prénom d’abord, il a le droit de regarder « ça » comme elle dit, parce qu’il doit apprendre comme elle dit, par contre Monsieur (dont elle ne connait même pas le prénom non plus) il doit sortir ? Pourquoi ? Il est pas concerné ? L’étudiant peut rester mais Monsieur doit attendre et se ronger les ongles dans le couloir ?
Allez, je suis fatiguée, et puis je veux que ça aille vite parce que je veux une réponse à ma putain de question, à notre putain de question, alors si l’étudiant doit voir ça et que moi je dois voir le visage malheureux de mon homme qui sort en me regardant comme s’il n’allait jamais me revoir, alors soit, je ne suis plus à ça près. Allons y et dépêchons, mes nerfs sont déjà prêts à lâcher.

– Alors, tu vois, là c’est le col de l’utérus.
– Hum.
– Effectivement il y a un peu de sang.
Maintenant il a sûrement compris d’où ça saigne…
– Hum.

Et c’est parti pour la visite guidée de mon utérus, tu vois là c’est ça, et puis là c’est ça…

Moi je suis déjà partie, la visite ne m’intéresse pas, je suis dans ma bulle, et j’attends, j’ai que ça à faire de toute façon. Et je pense à mon homme qui attend, qui stresse, qui angoisse, et ça me fait monter les larmes.
Sois forte, sois forte, pour être mère il faut être forte, alors commence dès maintenant, sois forte putain !
– Bon je vois rien.
Elle s’attendait à voir quoi au juste ? Une tête ??
– Euh, OK.
– On va devoir faire une écho, par contre il est possible qu’on ne voie rien non plus (allons bon…) ce sera soit parce que c’est trop tôt pour voir quoi que ce soit, soit parce qu’il n’y aura plus rien à voir (charmant, merci).
– On peut faire rentrer Monsieur ?
– Euh, oui.
Elle me dit « Euh oui », du genre, « Un monsieur ? Ah mais oui c’est vrai y avait un monsieur tout à l’heure ! »
Pauvre conne va…
Alors forcément, le monsieur quand il est rentré lui il pensait qu’on l’avait notre réponse, il attendait des larmes ou un sourire, quelque chose qui pouvait le mettre sur la piste quoi. Le pauvre.

– Alors, allez-y installez vous.
– Monsieur peut rester ?
– Oui.
– Ah.
Y a vraiment des choses que je ne comprends pas… Tant pis c’est pas le moment.

Hop-là, deuxième visite guidée, en image cette fois !
Monsieur est derrière ma tête, je sens sa peur d’ici. Je me déconnecte de la réalité pour me donner l’illusion de ne pas vivre ce moment, que je ne suis pas toute nue devant deux inconnus et qui visitent mon utérus, et qu’il n’y a pas une énorme camera qui me regarde de l’intérieur.

– Alors tu vois, là c’est la poche et… Merde c’est mon téléphone, je dois sortir j’en ai pas pour longtemps !

Reconnexion instantanée. Hein ? Quoi ? Elle s’en va ? Elle me laisse comme ça, toute nue avec le truc à l’intérieur, les pattes en l’air, l’étudiant mal à l’aise et la peur de Monsieur qui flotte derrière ma tête ? On était à deux doigts de LA réponse et elle se casse ?

C’est long ce genre de moment, c’est long et ça reste gravé à jamais dans une mémoire. En vrai ça a dû durer cinq minutes, dans ma bulle c’est une éternité que j’ai attendu.
La peur, le malaise, la honte d’être dans cette position, on se demande ce qui peut arriver encore, quelle sera la cerise sur le gâteau ?

– Bon, il y a bien une poche mais elle est vide.
Tiens, la voila ta cerise.
– Vous êtes sûre ?
– Non, peut être que c’est juste trop tôt, mais à mon avis il n’y a pas de fœtus.
– Plus de fœtus vous voulez dire.
– Euh oui, plus de fœtus.
– Merci.
– Vous savez, ça arrive souvent, on appelle ça une fausse couche précoce, on dit précoce parce que ça arrive au tout début d’une grossesse. Certaines femmes ne le remarquent même pas, elles pensent juste avoir leurs règles.
Ne pleurez pas madame, vous savez on ne l’a même pas vu à l’écho alors c’est comme s’il n’avait même jamais existé !

Attends, elle a vraiment dit ça ??
Des fois, plus la situation est dure, plus les propos sont stupides.

Connasse, je l’ai vu moi, je l’ai vu sur mon test de grossesse, et puis je l’ai vu dans ma tête le soir en m’endormant, je l’ai vu dans un gros ventre, je l’ai vu dans son petit lit, je l’ai vu courir dans le jardin, avoir du chocolat partout autour de la bouche, me regarder faire des gâteaux, sourire, dire ses premiers mots, faire ses premiers pas…
Et puis je l’ai lu sur le visage de mon homme quand j’ai bondi dans le salon en criant : « Je suis enceiiiiiiiiiiiiiinte ! »
Il était là, alors dis-moi tout ce que tu veux, mais ne me dis pas qu’il n’a jamais existé.

.

Cette histoire comporte aussi un avant, une anecdote presque rigolote et un après.

Un avant avec une soirée pleine de douleurs, de questions, à prier que tout aille bien et a se gaver de Spasfon.
Avec une nuit agitée, rythmée par la douleur et la trouille.
Avec quelques minutes au travail, à constater en arrivant que ça saigne (mais d’oùùùùù ça saigne ???) et à se demander comment on va pouvoir se faufiler dans les bureaux pour récupérer manteau et sac à main sans que personne ne voit le maquillage qui dégouline.
Avec un premier hôpital visité, une infirmière fort charmante que me dit « Ah mais c’est pas ici madaaaame c’est dans l’autre hôpital qu’il faut aller ! » ; une vieille folle en pleine crise de démence dans le couloir qui doit être attachée par les pompiers avant qu’elle ne blesse quelqu’un, ou elle-même.

Une anecdote presque rigolote avec un autre étudiant pas plus dégourdi qui me confia, aiguille à la main, qu’il s’apprêtait à faire sur mon bras la première prise de sang de sa vie (p’tit con retourne à l’école, si on ne t’apprend pas à faire une prise de sang peut être que par chance on t’apprendra au moins à ne jamais dire ce genre de chose à un patient…) et qui après trois tentatives désastreuses, des larmes dans mes yeux, un bras en charpie et un Monsieur au bord de la crise de nerfs, accepta enfin de passer son tour.

Et puis un après, avec une fin de journée complètement hors du temps, rythmée par des larmes, des siestes, des larmes, des coups de fils, pour prévenir, expliquer que c’est fini, qu’il n’y a plus de bébé. Et pour rassurer, dire que c’est pas grave, que la nature est bien faite, que ça devait arriver. Faire semblant que tout va bien, alors qu’on a l’impression d’être en train de mourir à l’intérieur.
Avec un homme parfait, qui dit ce qu’il faut quand il faut, le bon mot au bon moment, l’attitude qui apaise, qui fait qu’on se sent protégée, épaulée et presque mieux.
Et des journées entières de larmes.

Cette histoire comporte un avant, une anecdote presque rigolote, et un après, mais je crois que l’essentiel est là, dans ces quelques lignes.
Aujourd’hui, il ou elle aurait eu presqu’un an, et ça fait encore mal au ventre en y repensant.

Euh, ça fait mal comment ? Ça pique ?
Pfff….. oui oui c’est ça oui, ça pique…

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55 réflexions sur “Ça pique ?

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  3. Un peu hardcore cette hisoire ! La première fois que j’ai fait une écho, j’ai bien prévenu que j’étais qu’étudiant. Elle venait pour du sang, elle avait mal.

    Une future maman angoissée, 35 ans, a déjà deux grossesses extra utérines, hémorragie et une trompe en moins, des années qu’ils essaient. Et là, elle saigne alors qu’elle a fini par tomber enceinte !

    Et moi, je lui fait mal, je m’excuse platement, elle me dit c’est pas grave. Je vois rien en endovaginal. Au spéculum, du sang. En sus pubien un énorme rond. Elle sert la main de son mari qui est tétanisé par la peur, elle ferme fort les yeux, elle prie…

    Et comme un con moi je suis devant une énorme bulle, un sac vide. Putain de merde. J’explique encore : si je vois rien c’est normal, je suis qu’étudiant, mon avis ne sert qu’à faire gagner du temps au sénior et à l’interne coincés au bloc.
    Ils ont peur. Elle qui ne peut lui donner un enfant et lui qui appréhende le pire, partageant la douleur de sa femme.

    Je cherche encore. Ça a duré en tout 3 minutes mais j’ai l’impression que ça a duré 1 heure tellement j’ai transpiré et ressenti du froid intense dans le dos. Où est l’interne ?

    Et là j’aperçois un autre sac derrière. PUTAIN ! IL EST LÀ LE BÉBÉ ! Mais et ce sac devant ?

    -Madame vous avez envie de faire pipi ?
    -Euh oui ?

    Sa vessie en fait le sac vide devant. J’arrive à dégager le bébé sur l’écran, il bouge ! EH MADAME REGARDEZ IL EST LÀ ! ET VOUS AVEZ VU IL BOUGE !

    Ce sourire… Putain pour la première fois de tout mon cursus je venais d’annoncer une bonne nouvelle et rien qu’en les regardant j’ai été transporté.

    L’interne confirmera la bonne nouvelle et ils partiront avec une image imprimée de l’échographe. Ma première garde de gynéco et un de mes plus beau souvenir.

  4. Les gardes aux urgences gynéco. J’ai été externe là-bas. J’ai été cette externe qui n’a rien dit quand ce connard d’interne a dit à peu près la même chose à une patiente dans à peu près la même situation.
    Je me suis simplement juré de ne jamais jamais jamais lui adresser de patiente.
    Mais plus de 10 ans plus tard, ça me démange encore de lui foutre un coup de boule en lui disant ses 4 vérités.
    Merci pour ce témoignage, et pour cette piqûre de rappel.

  5. …… Ça remet les pendules à l’heure….et ça rappelle des mauvais souvenirs persos….
    Elle pique cette histoire…(les yeux).
    Merci de rappeler aux docteurs qu’aucune phrase n’est insignifiante…
    Je te souhaite un bel avenir.

  6. C’est terrible de lire des expériences similaires, de se dire qu’on n’est pas la seule. C’est vraiment triste de ne pas être un cas isolée finalement.
    Pas de « ça pique ? », mais un « c’est tout ? » en voyant le saignement. Ben oui, c’est tout … Et au final, même pas de réponse après l’écho.
    Heureusement que le lendemain il y avait des soignants beaucoup plus humains pour la vraie réponse.
    Un an après il y avait un beau bébé, mais n’empêche ça pique toujours d’y repenser.

  7. Je ne sais pas si ça peut être une consolation dans ce genre de situation: généralement, quand il y a fausse couche précoce, il me semble que c’est parfois une sorte de réaction « naturelle » quand le foetus n’est pas réellement viable. Une sorte de mécanisme de défense du corps quand la grossesse ne peut aller à terme.

    • Oui, on sait. Et non, c’est pas une consolation. Comme l’explique très bien l’auteur, ce bébé, il existait déjà, même s’il n’était « que » fantasmé. Alors, les explications rationnelles, ça n’atténue pas la tristesse et la souffrance de la perte.

  8. Bonsoir, rien pour vous soulager… c était il y a 14 ans, meme chose avec des aussi betes fixés sur un cycle à 28 jours.
    La difference enorme c est que nous avons gardé l oeuf au chaud et elle est là aujourd hui.
    Je sors d une tres grave maladie un peu seul. je m aperçois d une chose… les internes externes font tres peu de cas de notre besoin d humanité et d etre rassuré. c est quand meme beaucoup de leur job à mon sens.
    J espere qu une lumiere viendra illuminer vos vies ave force.
    Pascal

  9. L’accueil des patientes aux urgences gynéco est très important. Pourtant les femmes tombent souvent sur un externe, voulant souvent bien faire, mais sans expérience, et ne se rendant souvent pas compte de la portée de ses mots…
    En lisant ce post, je me suis souvenue de nombreuses situations vécues, externe, en service de gynéco. Votre histoire n’est malheureusement pas rare…Elle me fait un peu honte pour tous ces médecins qui manquent parfois cruellement d’humanité et d’empathie.

  10. Oui, la délicatesse des gens dans ces moments-là… Moi j’ai eu droit à: « Mais on voir rien à l’écho! Vous êtes vraiment sûre que vous êtes enceinte? »
    Et après le RV, l’infirmière à qui je demandais un papier: « C’est bon, y a pas que vous à s’occuper… on a des vraies urgences à traiter, nous! »
    Alors merci, merci à tous les soignants qui ont un peu de considération pour les patients et leur ressenti, et qui font l’effort de ne pas être « comme eux »…

  11. [Commentaire censuré pour non respect des règles de courtoisie élémentaires.]

    [Version édulcorée : la situation est terrible, mais l’auteure du billet n’y va tellement pas avec le dos de la cuillère que ça peut empêcher d’éprouver de l’empathie pour elle.]

    • Nous ne sommes pas des censeurs dans l’âme, mais on ne peut pas inviter quelqu’un à s’exprimer sur notre blog, surtout une patiente sur un blog de médecins, et la laisser se faire houspiller ; et ce quand bien même elle a choisi des mots assez durs envers les externes et l’interne auxquels elle a été confrontée.

      Pour en avoir discuté avec Solene en privé, elle dit être généralement dans un sentiment de gratitude et de reconnaissance envers le corps médical. Elle est tout à fait consciente que sa réaction a un côté excessif, qu’ils servent de bouc-émissaires et de déversoir à sa tristesse, à sa frustration, à son angoisse, etc. mais aussi, et ne l’oublions pas, elle réagit mal car le personnel médical n’a pas été bien-traitant. Ça reste le point de départ.
      Nous avons laissé le texte ainsi, « brut », parce que c’est comme ça qu’elle a vécu ce moment. Et c’est aussi ce qui rend ce témoignage intéressant : au-delà de l’histoire, qui est bouleversante, c’est l’analyse du gouffre qui existe parfois entre le point de vue des soignants et le point de vue du patient, et si les mots sont durs c’est parce que ce qui lui arrive est bien plus violent encore, très loin du ressenti de soignants maladroits, fatigués, débordés, blasés, et probablement pour certains d’entre eux un peu cons.

  12. Arrh, la vache.
    Oui, hein, il s’en passe des trucs dans notre tête. C’est bien de le re-dire des fois.
    J’ai été cette interne, aux urgences gynéco, qu’avait pas d’externe certes, mais qu’était pas trop fortiche, puisque j’étais en formation de médecine générale, expérience limitée (en écho surtout)…
    Et j’ai eu ces moments de flottement.
    Que ce soit ton embryon, ton foetus, ou ta grand mère, la mort c’est la mort, et tu la prends de face. Le médecin n’est pas « triste » de voir la mort, mais je te jure qu’il est touché… Moi, en tous, cas, ça me remue toujours d’une façon ou d’une autre. Je crois que faire comme si de rien n’était c’est pas naturel, en vrai. Enfin, moi, j’y arrive pas.
    Je me souviens ce couple, venant cette nuit-là, pour une 3ème fausse couche spontanée comme on dit. Et monsieur qui avait un sac plastique à la main « je vous ai apporté le… bébé » Putaindeputaindeputain ils ont assisté à l’expulsion et ils ont gardé l’embryon, presque 10cm, pour l’apporter. Toutes ces minutes infinies d’histoire avant d’être ici devant moi… J’étais tellement BOULEVERSEE que j’ai arraché le sac en vitesse, je l’ai caché, et j’ai dit un truc affreusement con comme « ce n’est pas un bébé, c’est un embryon ». La vérité c’est que MOI ça me faisait moins mal de dire ça… de penser ça. Parce que c’est moche, c’est toujours moche.

  13. Les gynécologues, les obstétriciens ne sont pas des gens d’une grande empathie, certains oui, la majorité non. Ils sont globalement pas ma le tant que la vie est là. Quand la camarde pointe le bout de son nez, ils sont rarement très bons. La maltraitance faite aux femmes par des femmes me surprenda toujours.
    On oublie jamais, mais la vie est la plus forte, il faut juste oser affronter la peur du ça peut se reproduire. Probablement le plus difficile, d’avoir perdu son insouciance, de savoir que ça peut arriver. Il faut en parler, mettre des mots sur cette peur qui étreint et nous paralyse. On se fixe sur des comportements pas très intelligent mais qui seraient passés dans un autre contexte. Nous fixons sur ça car nous évitons d’affronter trop frontalement la vraie cause de notre douleur, la perte, l’absence de notre enfant qui ne sera jamais. Le vide de cette absence est infini, le temps le comble.
    Courage et si vous souhaitez partager vous avez mon mail.

    • Concernant la « maltraitance faite aux femmes par les femmes », je n’y vois rien de très étonnant. Une gynécologue, toute femme qu’elle soit, est avant tout le produit d’une formation médicale profondément marquée du sceau de la domination patriarcale, machiste et réactionnaire et qui conditionne profondément les étudiants, sans distinction de sexe. Ca laisse pas beaucoup de place pour la solidarité féminine. Rien de surprenant donc, à qu’elle reproduise sur ses patientes ce qu’on lui a appris…

      • Oui enfin rien n’empeche de réfléchir par soi meme hein… Je suis en 6eme année de medecine et suis régulierement frappée par la mysogynie du monde médical. Faut juste prendre un peu de distance. Mais je trouve qu’on ne peut pas dire que ce n’est pas la faute des médecins mais de leur formation.
        Parce qu’on est sensés connaitre la définition d’ « empatie ». Que beaucoup oublient, et c’est regrettable.

  14. Ça glace le sang. J ai une anecdote a ce sujet, je suis atteinte enfin nous sommes atteints d une maladie génétique. Nous avons consultés un généticien qui a eu la bonne idée de nous dire s il n y avait que votre maladie madame ça irait mais avec la maladie de votre compagnon….
    Je me suis fait un plaisir de lui dire ce que j avais sur le cœur mais sans les formes.

  15. Bonsoir,

    Juste pour répondre du côté du soignant, étant moi même étudiant en médecine.

    Je pense que j’ai parfois (souvent) fait preuve de maladresse. Et le plus triste dans tout ça c’est que cette maladresse est née de mon inquiétude de mal faire, de mal dire.

    De mon inquiétude de mal prendre en charge le patient.
    De mon envie de bien prendre en charge le patient.

    Parce que l’on m’a appris que chaque mot compte, que le non verbal compte énormément aussi, mais que je dois faire avec un inexpérience de la maladie, de la mort et un manque (normal au début) de connaissances médicales.

    Il serait beaucoup plus simple de dire les choses clairement :
    « Bonjour Madame, je suis débutant je risque de dire des bêtises, de mal faire, et ça m’angoisse, parce que je voudrai vraiment bien faire. Mais je vais mal faire aux yeux de mon chef parce que je manque de connaissances médicales et je vais peut-être mal m’y prendre avec vous parce que je vais être mal à l’aise ».
    Mais ça ne marche pas comme ça, en tout cas pas avec la plupart des patients, parce qu’il faut les mettre en confiance et commencer en disant « je suis débutant » n’a pas cette effet là.

    Après, je parle de mon expérience personnelle, mais il m’est très souvent arrivé de me retrouver seul avec un patient dans une chambre parce que l’interne devait répondre à son téléphone (j’y reviendrait sur ce maudit téléphone !) et là c’est le drame ! Gros malaise, je n’ai pas la connaissance de tout le dossier (étant là que l’après midi en tant que « pré-externe ») et de toutes façons pas les connaissances pour tout comprendre. Donc entamer la discussion c’est prendre le risque de se voir demander « qu’est-ce que j’ai ? » « Les résultats sont bons ? » et de mettre à nue notre inexpérience.

    Alors, je roule des yeux, j’esquisse un sourire si par malheur nos regards se sont croisés. Je ne sais pas si c’est la bonne situation. Parfois je tente, et ça passe, le patient tends la perche, et commence alors un blablatage sur tout, sur rien, sur le programme télé ou les informations. Et vraiment, ça ne parait rien, mais les après-midis à parler de la pluie et du beau temps avec des patients figurent parmi mes meilleurs souvenirs de stage.

    Et puis parfois ça ne passe pas, et là c’est un retour à zéro. On pensait avoir progressé dans notre relation avec les patients, avoir trouvé « le truc » et non.

    Et puis au début, à nous aussi l’hôpital fait peur, parce que comme je l’ai dit plus haut, on ne gère rien. Alors on fait bonne mine, on se dit qu’avec le temps ça viendra, tout en ayant vraiment peur de blesser un patient en n’ayant pas les mots justes. Et vraiment, je suis quelqu’un de spontané en temps normal, mais avec un patient, je vais réfléchir une bonne 10aine de fois à ce que je vais lui dire avant que ça sorte.
    Difficile d’être spontané et sincère du coup ! Mais la peur de mal faire me tétanise.

    Le plus drôle, c’est que cette peur de mal faire concerne surtout le relationnel, et beaucoup moins les gestes techniques. M’enfin je m’écarte.

    Pour revenir sur la situation des internes (de ce que j’en sais). Tous les 6 mois ils changent de stage, se retrouvent parfois dans un hôpital inconnu, dans une spécialité presque inconnue, parfois dans un service où ils sont tout seuls pour gérer. Et ils doivent ne rien faire paraitre, parce que le patient ne vient pas voir quelqu’un de plus stressé que lui. Alors il doit faire bonne mine ! Et encore plus que nous petits débutants. Alors qu’il a la responsabilité de ses patients en plus.

    Et puis il y a son satané téléphone (j’avais prévenu que j’y reviendrai) qui sonne sans cesse, et qu’il vaudrait mieux qu’il y réponde, et puis ses petits étudiants, nous, moi. Moi qui fait bonne mine mais qui suis totalement perdu. Et lui doit jongler avec ça, parce que c’est le pilier de l’hôpital et que s’il craque c’est foutu. Alors il doit accorder de l’attention à ses étudiants, aux infirmières, aux aides soignantes, à son téléphone, à ses chefs et aux patients. SURTOUT aux patients. Mais parfois ce n’est pas facile.

    Et puis gérer avec ses horaires hallucinants, ses gardes, ses formations, son manque de sommeil, …

    Je pense qu’à partir du moment où l’on a eu à faire à un médecin incapable d’empathie, au comportement vraiment inapproprié, on arrive à faire la différence avec un médecin préoccupé ou tout simplement un peu maladroit.

    Tout ceci n’est pas un long blabla d’explications censées dédouaner le médecin en question, j’ai juste beaucoup apprécié avoir votre point de vue. Il va vraiment m’aider à améliorer ma façon de prendre en charge les patients auxquels j’aurai à faire et je me suis dit qu’il pourrait être utile pour vous, d’avoir connaissance de notre situation.

    Merci pour votre témoignage,

    Bon courage.

  16. J’aimerai bien dire qu’on m’a appris l’importance de peser ses mots, la signification du non-verbal, comment apprendre et ce non au détriment de la personne hospitalisée. J’aimerai bien avancer le nombre de leçons reçues à ces sujets, dire que cela fait partie du programme, que c’est même un pilier des études médicales. J’aimerai bien, au moins, prétendre avoir un peu de théorie, un rien de pratique supervisée par « ceux qui savent »… Mais non.
    Quand un téléphone sonne et qu’on est dans une situation telle que celle qui est décrite dans ce billet aussi splendide que marquant, j’ai l’impression qu’on ne devrait pas décrocher. Les soignants sont peu à peu déshumanisés au profil de protocoles, de procédures, de marches à suivre. Ils deviennent des industriels du soin, et non des soignants. C’est, du moins, ce que je crois voir.
    On ne peut pas, à mon sens, justifier cela par des soignants préoccupés. On le dit peut-être un peu trop souvent, mais « Primum non nocere ». L’humiliation, l’angoisse, la maladresse, qu’elle soit voulue ou non, nuisent. Ce n’est jamais facile de trouver les mots, les gestes, l’ensemble à tenir devant des situations toujours complexes, toujours uniques, toujours délicates. Débuter effraie, paralyse, tétanise. Il y a des choses qui nous échappe et auxquelles on ne peut rien, certes. Il y a, en attendant, toutes celles que l’on peut changer. Je pense qu’un(e) patient(e) peut comprendre, parfois avec un peu de recul, que l’un de ses soignants débute, même s’il/si elle n’aime pas trop cela. En revanche, c’est plus difficile de comprendre qu’un soignant nous néglige et, pour employer des termes peut-être un peu fort, nous maltraite, consciemment ou inconsciemment.
    Merci pour ce témoignage qui rappelle, une fois de plus n’est pas de trop, combien il faut veiller à la personne humaine quand on souhaite vouloir en prendre soin.

    • Je vais une seconde, pour le principe, me faire l’avocat du diable (enfin de l’interne de gynèco ici) pour dire que le téléphone qu’elle décroche, c’est peut-être pas le sien, mais celui de la garde, qui sonne parfois pour une césarienne, un forceps ou une hémorragie de la délivrance (et aussi très souvent pour venir signer une sortie ou un bon de transport) et que dans le doute, elle décroche.

      • C’est vrai, je n’y avais pas vraiment pensé. Mais dans ce cas, l’externe qui l’accompagne par exemple peut peut-être décrocher pour savoir ce qu’il en est ? De plus, en fonction de l’avancée de l’examen, est-ce que 5 minutes jouent vraiment ?
        Effectivement, il me semble que souvent, c’est une question de paperasse donc, ça pourrait attendre. Et puis, en tant qu’étudiant, parfois j’aime bien me sentir utile ^^

      • Moi c’est exactement l’inverse, pour avoir régulièrement un téléphone de garde dans la poche, je trouve inconcevable de poursuivre la conversation dans ces conditions. Répondre pourquoi pas, vérifier qu’il n’y a pas une urgence vitale, si oui l’examen s’arrête, sinon rappel dans 10 minutes.
        Je serais plus enclin à être indulgent avec l’externe un peu balourd, comme de nombreuses personnes l’ont évoqué on a tous été maladroit, et surtout quand on était externe.

        • Je ne commenterais que pour parler du téléphone. Effectivement est-ce qu’il fallait répondre tout de suite ?
          Quand je suis en stérile et que je suture, je répond pas, et je vois très peu de choses qui ne peuvent pas attendre 2 minutes. Mais effectivement en obstétrique les choses vont vite.
          Enlever la sonde et reprendre l’examen après serait la moindre des choses.

          Et oui, la bonne réponse serait de faire décrocher l’externe. En tant qu’externe ou qu’interne, je l’ai déjà fait, c’est pas trop dur.

    • Je répondrait rapidement concernant l’apprentissage de « l’empathie », ou tout du moins du savoir se mettre à la place du soigné et de faire attention à ses mots.

      A Tours, on nous l’apprends. On fais des simulations pour nous préparer à faire face à des situations complexes : la maladie, l’incurabilité, la mort, le famille, le secret médical, … Histoire de se rendre compte à quel point, sans s’en rendre compte, on peut dire des choses horribles, ou pas assez claire et interprétables de 10 000 façons par le patient.

      Ca dépends des facs, des médecins avec lesquels on tombe, …

  17. Je pense qu’on a tous vécu ce genre de situation en temps qu’externe aux urgences gynéco, où l’on voit de beaux projets partir en fumée avec les mots mal choisis d’un(e) interne fatigué(e). Qu’on (ou du moins une grande partie, je veux le croire) s’est promis de garder en tête la violence de la situation pour s’efforcer de ne la faire revivre à personne. Rien n’excuse ce genre de comportement. Même l’externe avec son « mais je suis un homme moi madame » est sacrément gratiné…
    J’ai adopté au cours de mon externat une attitude très claire : je me présente, « Anne, étudiante en médecine en Xeme année, je vais commencer à voir ce qui vous amène, l’interne va arriver ». Quand je ne sais pas, je dis que je ne sais pas. Quand je ne sais pas faire, j’attends l’interne pour qu’il me montre puis me supervise.
    Je trouve que de considérer qu’un étudiant qui dit qu’il débute (1ere prise de sang) est un p´tit con, et qu’on devrait nous apprendre à taire nos ignorances… C’est pas forcément adapté non plus. Ni juste. Et surtout quand on va au CHU, on sait qu’il va y avoir des étudiants qui apprennent, débutent, observent et sont présents à des moments pas drôles. Ca fait partie du deal, et c’est nécessaire. On ne peut (hélas ?!) pas tout apprendre sur des mannequins!
    Après, l’attitude consistant à faire sortir le conjoint, j’ai jamais compris. C’est leur histoire, leur projet de vie, et les séparer ne serait ce que 10 minutes dans ce genre de moment… A quoi ca rime ?!
    Pour ce qui est du téléphone, j’aurai tendance à décrocher pour savoir rapidement de quoi il retourne et savoir si ça peut attendre ou pas.

    Merci pour ce témoignage qui souligne l’importance de nos mots et de nos gestes, et rappelle à quel point nous nous devons de les peser à chaque instant.

  18. je joins mon témoignage, du coté de la patiente, après tout ces mots de soignants.
    peu ou prou, j’aurais pu écrire la même chose. la présence de monsieur en moins, quelques détails différents par-ci, par là. mais le fond est strictement le même.
    a l’écho, le verdict: »le processus est arrêté »(c’est pas un processus, c’est mon enfant)
    une ibode maladroite dans sa volonté de me rassurer, me voyant pleurer sur la table du bloc: »ne vous inquiétez pas madame, vous allez vous réveiller, ça ne dure que 15/20 minutes » (patate, moi je pense juste que quand je vais me réveiller, tout sera fini, mon ventre sera vide, il faut que je dise adieu à mon enfant, si ce n’etait la présence d’une ainée à la maison, je m’en ficherais la tout de suite, de ne pas me réveiller)
    et puis au réveil, cette vision furtive d’une silhouette en sarreau avec un sac sanguinolent à la main..est ce mon bébé? je voudrais le voir, lui dire adieu…mon Dieu, il va finir incinéré comme un vulgaire déchet biologique?
    et la cerise sur le gateau du jugement des medecins qui croient en leur toute puissance, dans le service de chirurgie ou je me remets; l’aide soignante. » c’est une fausse couche ou un IVG? parce que pour les IVG, ce doc il n’arrête pas. mais les fausses couches, oui, il prescrit un arret. »
    alors voilà, hein, comme dit l’autre…

  19. Twitter s’anime. Certains se posent la question de la présence de ce billet sur ce blog, et aussi du ton employé, de la sévérité envers les soignants.

    Ce sont des questions que nous nous sommes également posées. Nous en avons longuement discuté avec Solene, et nous vous invitons à lire sa réponse juste en dessous (nos commentaires se sont croisés).

    Outre l’histoire de Solene, ce billet raconte aussi cette vérité : les soignants peuvent être l’objet d’une vraie détestation, dont la violence est parfois disproportionnée à l’importance de la maltraitance, voire même sans maltraitance du tout.
    Et certains parmi nous (nous soignants) avons déjà éprouvé cela en passant de l’autre côté de la barrière.
    C’est parfois adapté, parfois injuste, mais c’est la réalité du ressenti de certains patients. Et on est convaincu que raconter le soin comme on essaye de le faire passe aussi par entendre cette parole, libre, crue, même si elle peut nous hérisser de prime abord.

  20. Bonjour à tous
    Merci pour vos réactions
    Comme j’en ai déjà discuté avec Totomathon en privé, ce billet n’a pas pour but de démonter le personnel médical.
    Voici ce que je lui ai expliqué : il faut comprendre que même si une fausse couche précoce n’est pas la pire chose qui puisse arriver à quelqu’un, il s’avère que c’est très difficile, dans mon histoire il y a aussi un contexte de procréation difficile, même proclamée une fois impossible par une experte en fertilité… alors voila le tableau, enfin ca y est, ça à marché, la vie redevient merveilleuse, on sait enfin pourquoi on se lève me matin et patatra tout s’écroule (je résume hein, sinon ça peut durer…) bref, dans ma tête je sais pertinemment que les personnes du corps médical présentes ce jour là ne font que passer une journée banale, une fausse couche precoce, la routine quoi (c’est vrai ya quand même des nanas qui perdent un bébé a 8 mois de grossesse ou qui décède à la naissance, des trucs vraiment durs quoi) donc voila, les pauvres je sais bien qu’ils n’y sont pour rien, seulement moi non plus j’y suis pour rien alors voilà soit j’en veux au bon dieu (mais c’est pas trop mon truc) soit je deverse ma colère contre l’interne et l’étudiant, et c’est ce que j’ai fais, tout en pensées bien entendu. Parce que je souffre et je les envie, moi aussi j’aimerai prendre cela comme quelque chose de banale qui m’est arrivé dans une journée banale parce que je sais très bien qu’en rentrant à la maison ma vie ne sera plus la même alors qu’eux ils dormiront cette nuit.
    Ceci peut expliquer cela, je les deteste sur le moment, je les deteste vraiment, mais la vérité c’est que je les jalouse j’aimerai moi aussi passer à autre chose dans 5 minutes.
    Ces mots ne sont pas les saletés que l’on balance à l’automobiliste qui nous fait une queue de poisson, comme ça sans reflechir, c’est beaucoup plus profond que ça.
    Alors voilà, j’ai du respect pour le corps medical, comme pour tout les autres corps d’ailleurs, c’est juste que des fois on a besoin d’un coupable et quand ils arrivent avec leurs questions, leurs sourires et leurs réflexions pas très intelligentes mais néanmoins humaines, bin c’est cadeau, le coupable ideal servi sur un plateau !

    En ce qui concerne l’histoire du téléphone, j’avoue qu’aujourd’hui je revois ma position.
    La vie m’a fait le plus beau des cadeaux, j’ai réussis à tomber enceinte peu de temps après cette histoire, et aujourd’hui ma vie est à nouveau merveilleuse !
    J’ai donc accouché, et je reconnais que si mon accouchement s’était mal passé j’aurai pu me retrouver dans la position de la personne qui attend l’interne à l’autre bout du téléphone et si la vie de ma fille avait été en jeu à ce moment là…. enfin bref je comprends aujourd’hui la priorité de la chose …
    Simplement à ce moment là je suis en train de vivre une des pires expériences de ma vie, et sur le moment, j’avoue que je m’en fout complètement de la raison pour laquelle elle s’échappe en me laissant comme ça

    Voila, je précise encore une fois que toutes les saletés écrites ici ne sont à aucun moment sorties de ma tête ce jour là, je n’ai jamais traité l’externe de petit con, ni l’interne de conne, je suis restée courtoise avec eux, en revanche dans ma tête, ils ont pris cher c’est vrai.

    • « Je sais pertinemment que les personnes du corps médical présentes ce jour là ne font que passer une journée banale, une fausse couche precoce, la routine quoi (c’est vrai ya quand même des nanas qui perdent un bébé a 8 mois de grossesse ou qui décède à la naissance, des trucs vraiment durs quoi) donc voila, les pauvres je sais bien qu’ils n’y sont pour rien, seulement moi non plus j’y suis pour rien alors voilà soit j’en veux au bon dieu (mais c’est pas trop mon truc) soit je deverse ma colère contre l’interne et l’étudiant, et c’est ce que j’ai fais, tout en pensées bien entendu. »

      Ce qui me gène c’est qu’avec ça, cette réaction humaine que vous avez parfaitement identifiée, vous passez quand même pour la « victime » de l’histoire et les soignants pour de grands méchants, grâce à l’empathie, à la présentation de votre histoire qui oriente clairement ce qu’on doit penser (en diverger ça veut dire se prendre votre violente réaction et vos insultes dans la face quand même), ..
      Tous les bien pensants qui ont commenté plus haut me font donc doucement rigoler.

    • Je reviendrai juste très rapidement sur cette phrase :
      « dans ma tête je sais pertinemment que les personnes du corps médical présentes ce jour là ne font que passer une journée banale, une fausse couche precoce, la routine quoi »

      Je ne connais pas les médecins en question, donc je ne préjugerai pas de leur empathie, ou autre.
      Et il est vrai qu’il y a des médecins pour qui c’est effectivement la routine.

      Mais il y a également beaucoup de médecins pour lesquels c’est dur, et auxquels on a appris (comme on me l’a appris à la faculté) que pleurer ne sert à rien pour le patient.
      Qu’il faut être fort et être celui qui reste confiant et qui permet au patient de remonter la pente.
      Ca peut paraitre violent vu de l’extérieur, et je suis d’accord qu’il y a d’autres manière que les larmes pour témoigner respect et empathie.

      Enfin voilà, juste pour dire que ce n’est pas parce que l’on se blinde qu’on est insensibles. C’est juste une manière de réussir à fermer l’oeil la nuit.
      Parce que la base du soignant, secouriste, … c’est qu’avant tout acte, il faut se protéger. Un soignant en danger/burn out ne peut pas être un bon soignant.

  21. Bonjour,
    Je trouve ce post très intéressant, et particulièrement parce qu’il rappelle que le patient est lui-même l’histoire et non pas seulement une pathologie.
    Un élément à garder en tête: Les gens ont toujours une bonne raison de venir et il est bon de se rappeler qu’ils ne sont pas venus pour une fausse couche, mais pour que le médecin remédie à leur problème.

    2 remarques plus générales
    – la première c’est que le patient ressent parfois comme de la maltraitance, ce qui est souvent, à mon sens, de la maladresse, de l’absence de formation psychologique et de temps.
    – la seconde, c’est que cela ne concerne pas exclusivement les médecins. J’ai gardé ce souvenir cuisant d’une infirmière qui m’a obligée à sortir de la chambre de mon mari avant de lui faire de la calciparine sous-cutanée. Alors que je venais de lui dire que j’étais médecin, et que c’est moi qui prendrais en charge les injections à sa sortie. Elle m’a intimé brutalement l’ordre de me retirer de la chambre, en éructant: t »out médecin que vous êtes, faites comme les autres, sortez d’ici..
    Pour avoir vécu de lourds parcours hospitaliers à titre personnel, je peux témoigner que les actes ressentis comme maltraitants par le patient ou sa famille peuvent être issus de tous les intervenants hospitaliers, médicaux, paramédicaux, et également administratifs.

  22. Sentiments mitigés sur cette publication. La dernière tirade de l’interne sur  » c’est comme si il n’avait jamais existé  » est effectivement mal venue, pour tout le reste ( présence de l’étudiant, plusieurs interrogatoires successifs sur les mêmes éléments, explications en live à l’étudiant etc… ), c’est un hôpital universitaire, je pars du principe que si on est content que le médecin qui s’occupe de soi soit bon dans ce qu’il fait, c’est qu’on reconnait qu’un jour en tant qu’externe il a lui-même pu écouter les leçons de ses ainés dans les mêmes circonstances.

    En comprenant tout à fait la difficulté de la situation ( j’ai aussi été du côté de celui à qui on donne de mauvaises nouvelles ), ce qu’il faut comprendre en retour du côté soignant c’est que oui, chaque patient a son histoire, a un contexte qui justifierai d’une agressivité ou d’une opposition.
    Mais si en une journée un gynécologue ( ou un urgentiste, ou un réa… ) voit 4 ou 5 de ces personnes qui ont chacune d’excellentes raisons personnelles de se montrer agressives ou insultantes, et en voit à nouveau 5 le lendemain, et 5 le sur-lendemain, on en arrive vite à une situation intenable pour la santé psychologique du soignant. Le patient vient ce jour là et souffre ce jour là face au soignant, puis il quitte l’hôpital et poursuit sa vie. Le soignant lui, est là tous les jours et en voit chaque jour de nouveaux, et ne peut pas être le déversoir de sentiment de haine ou d’injustice de chacun et ce tant que les patients viendront c’est à dire toute sa vie de soignant…

    Je me souviens d’une famille qui avait déclenché une esclandre en réanimation parce qu’elle avait entendu un rire ( et plutôt discret ) de la part d’une infirmière, venant de l’office où elles prenaient le café en discutant. Pour cette famille entendre un rire alors qu’un de leur proche était mourant, était inimaginable et insultant. Ce qu’ils ne se figuraient pas, c’est que les infirmières elles, avaient des patients critique tous les jours de l’année H24, et comme tout être humain, elles ne pouvaient pas tirer des gueules d’enterrement 365 jours par an en allant au boulot, sous peine de devenir dépressives ou complètement folles.

    Le soignant a un devoir évident de bienséance, de tact, d’empathie maximale avec son patient.
    Si il y a une erreur du côté soignant ( comportement inadapté, méprisant, manquement aux règles élémentaires de politesse ) il est évident que les réactions vives sont justifiées, mais quand on a en face de soi quelqu’un qui n’y peut pas grand chose et fait simplement son travail, je ne comprends pas vraiment qu’on puisse éprouver de l’agressivité, ou bien pire, l’exprimer avec force et fracas.

    J’ai bien conscience que Solène n’a rien dit de ses « injures » qui sont restées intériorisées, et je reconnais que les comportements en face d’elle n’étaient pas toujours adaptés. Mais en sortant du seul contexte de ce billet, pensez aussi aux soignants.

    La souffrance existe des deux côtés, le soignant doit travailler son relationnel et respecter la personne dont il s’occupe, et le patient doit tempérer ses réaction et ne pas se servir de la blouse blanche en face de lui comme d’un défouloir. Nous sommes tous humains, ménageons-nous les uns les autres.

    • « Le soignant a un devoir évident de bienséance, de tact, d’empathie maximale avec son patient. »
      Par conséquent, le prétexte de l’habitude ne peut conduire le soignant à ne pas se montrer empathique au maximum avec son patient, donc, à répondre au téléphone si c’est vraiment nécessaire, à interrompre proprement l’examen en cours, et à proposer son écoute. C’est au soignant de prendre soin de son patient, et non au patient de ménager son soignant. L’être en situation de détresse (aussi relative soit-elle), ce n’est pas le médecin dans ce cas, c’est la personne qui consulte. Le soignant de son côté doit gérer les charges psychologiques qu’il reçoit : c’est l’intérêt des groupes de paroles, d’une formation (qui manque tellement à certains professionnels de santé et aux médecins en première ligne), des groupes Balint et j’en passe.
      La bienséance, c’est donc aussi fermer les portes de la salle de repos où les infirmières prennent un café et ne pas rire trop fort. Personne n’apprécierait un rire alors qu’un de ses proches est en train de mourir. Le tact, c’est de reconnaître que même si le quotidien du soignant est repli de morts ou de mauvaises nouvelles, à chaque fois, c’est une nouvelle vie qui s’éteint, ou une nouvelle existence qui s’en retrouve perturbée. Il convient donc d’accorder le temps et l’attention nécessaires, de s’exercer à être moins maladroit, en étant peut-être plus attentif, plus formés, plus avertis par ce genre de témoignages par exemple.
      Si la souffrance est un mal que se partage tous les êtres vivants, durant un instant, c’est bien au soignant de soigner son patient, et non au patient de prendre soin de son soignant.

  23. A aucun moment je ne parle de maltraitance, car a aucun moment je n’ai eu l’impression d’être mal traitée, pour moi il s’agit là de maladresse et la maladresse peut aussi faire mal parfois, même quand elle n’est pas volontaire.
    En écrivant ce billet je n’ai pas pensé insulter le corps médical dans son ensemble, j’ai seulement voulu exprimer les pensées d’une patiente ordinaire mais si l’on posait la question au personnel médical présent ce jour là, croyez moi ils ne diraient pas (si ils se souvenaient de moi) que j’ai été insultante ou même juste désagréable.
    Peut être qu’un jour je devrais faire un billet sur le gynécologue qui m’a suivi pour ma 2eme grossesse, à qui un jour j’ai dis bêtement que j’avais très peur d’accoucher et qui s’est arrêté net, et qui m’a dit « expliquez moi, racontez moi votre angoisse, on va en parler car c’est important ». Ou peut être sur la sage femme qui m’a pris en charge le jour du déclenchement de mon accouchement et qui m’a dit qu’elle savait que le déclenchement me faisait peur que c’était normal mais que tout irai bien si je mettais en pratique mes cours d’accouchement. Ou alors sur celle qui a pris le relais au bout de 16h de contractions, m’a proposé de prendre une douche, de faire du ballon, de marcher, qui nous a fait rire et qui à fait de ce jour de souffrance un jour merveilleux. Ou de la puéricultrice qui a passé 4 jours avec moi à m’aider à allaiter ma fille qui ne parvenait pas à prendre le sein, qui a pris énormément de temps pour moi en me rassurant, me disant que si je le voulais vraiment je réussirai mon allaitement. Ou enfin sur ce médecin exceptionnel qui nous a vu un jour arriver flippés comme jamais avec notre bébé qui avait la bronchiolite, qui a été fabuleux avec elle mais aussi avec nous, jeunes parents angoissés. A chacune de ces personnes j’ai dis un vrai merci, en les regardant dans les yeux,sans penser que c’est leur job ou que c’est normal, j’ai dis merci car j’ai reçu des soins mais surtout beaucoup d’humanité. Je pense, peut être à tort, que mes remerciements ont pu leur servir à comprendre à quel point l’humanité qu’ils avaient mis dans leurs soins m’avait aidé. En revanche, bêtement je n’ai rien dis au personnel que j’ai rencontré le jour de ma fausse couche, et je pense, peut être à tort, que mes remarques aurai pourtant pu leur servir à comprendre la portée de leur maladresse, mais je n’ai rien dis ce jour là.
    Voilà, je n’ai pas de haine envers le personnel médical, j’ai un jour été blessée par des personnes qui ont eu envers moi un vrai manque d’empathie, voilà tout

  24. Bonjour!
    D’abord (je le répète à la fin de mon commentaire mais je préfère commencer par ça avant d’y aller au tractopelle): MERCI d’avoir publié ce post.
    Comme souvent on line, les commentaires sont plus éclairants que le post en lui-même.
    Avant d’y aller de mon blabla, peut-être est-il pertinent de présenter une ou deux données en ce qui me concerne: je ne suis et ne serai jamais « personnel médical », mais j’ai l’habitude de travailler avec des médecins (programmes humanitaires principalement mais aussi structures de planning familial, centre d’accueil de victimes, centres d’addictologie etc.), après avoir axé une partie importante de ma formation sur l’anthropologie médicale. Parallèlement à cela, je suis diabétique insulino-dépendante depuis mes 3 ans (oui oui je sais ce n’est pas très courant) soit depuis presque 35 ans maintenant, ce qui a l’immense avantage de m’avoir fait connaître, admirer/aimer et détester un nombre de médecins divers et variés qui pourrait presque remplir un annuaire.
    Et donc?
    « démonter » les médecins?
    Il est fascinant de voir combien les commentaires, globalement, cherchent à « légitimer » l’attitude du médecin (et du pas encore médecin) et minorer le « ressenti » de la patiente.
    Certes, tous les arguments avancés sont pertinents et reflètent une réalité. OK.
    Mais il n’empêche que cette « anecdote » illustre des comportements de la part des personnels soignants, qui, s’ils sont explicables, n’en sont pas moins inadmissibles du point de vue du patient. Et là, je ne parle pas de Nadège précisément, mais du patient avec un grand P, de n’importe quel patient….
    Que personne visiblement ne songe (la tâche est ardue c’est vrai, et un tas d’éléments font que l’on a du mal, même avec toute la meilleure volonté du monde, à trouver une alternative) à remettre en cause le système de « cirque barnum » des externes/internes/tous jeunes médecins/groupies de chef de clinique dans les hôpitaux et tout ce qui va avec (le fait, encore très très courant, que le chef de clinique, entouré de son aréopage, discoure sur le patient à la troisième personne sans le regarder une seconde alors que celui-ci est à moins de 30cm de lui par exemple), soit. Mais qu’il y ait visiblement autant de personnes à trouver des raisons valables pour le reste (le téléphone, la sortie du médecin alors que la patiente est dans cette situation juste horrible, les phrases sublimes d’humanisme et d’empathie à la fin), là, cela pose un problème. Il est répété dans plusieurs commentaires que le ressenti de la patiente est « une manière de voir les choses, de ressentir ».
    Non.
    D’ailleurs, à défaut d’une formation en psycho/empathie pendant les études de médecine (ou pour toutes les autres professions médicales, d’ailleurs, car un infirmier peut impacter le moral d’un patient autant qu’un chirurgien), il suffirait sans doute à n’importe quel médecin de s’imaginer soi dans cette même situation pour que d’un coup il ne soit plus question de « ressenti » mais de vérité.
    Il est intéressant de constater par exemple que le protocole anti-douleur et la charte des droits du patient en milieu hospitalier en France sont la conséquence directe du fait que notre pauvre ministre de la santé de l’époque, cet inénarrable Kouchner, ait eu à se faire enlever des calculs rénaux et qu’il ait découvert, après X années de pratique pourtant (sans parler de ses années d’humanitaire avec MSF) que, ho putain, avoir mal et se faire traiter comme un môme turbulent ou un vieillard sénile c’est pas cool.
    Les attitudes, très variées et très présentes, tendant à infantiliser, objetiser le patient, et celles non moins nombreuses de jugements définitifs (comme s’ils étaient le reflet d’une « vérité scientifique » seule détenue par le soignant et forcément ignorée par le soigné) sur la douleur ou la pénibilité d’un examen/un traitement/un diagnostic, ne sont pas quelque chose lié ontologiquement à la pratique médicale, cela na va pas de soi. Il est par contre tout à fait naturel que les patients le vivent mal.
    Certes, chaque patient est différent, chaque soignant aussi, il n’est facile pour personne y compris le plus grand des médecins du monde entier, de garder assez de recul pour ne pas blesser, pour se donner la peine d’écouter le patient aussi, ce même quand ce qu’il dit semble aller de prime abord contre la doxa clinique (là, je pense par exemple au fait que le service de diabéto le plus réputé du pays ait purement et simplement refusé d’admettre d’écouter la patiente au sujet de son protocole car « c’est impossible, les essais cliniques prouvent le contraire » pendant plus de 3 ans, avant que la patiente pousse sa gueulante et réclame une hospitalisation de 3 jours…. qui aboutit à ce que la patiente disait et réclamait depuis ces putains de 3ans où elle a enchaîné les comas hypos -et, ô miracle, les comas ont disparu après ce changement de protocole hein-). Ce n’est pas facile, mais en fait, si les soignants ne le font pas… Je ne sais pas si l’on peut parler de maltraitance (amusant aussi de voir que ce n’est pas la personne qui témoigne ici de cette expérience douloureuse qui avance ce mot, mais bien des médecins qui lui expliquent après qu’en fait non tout est presque normal et que c’est dommage mais que quand même elle pourrait réagir autrement), mais par contre, on peut bien parler, sans aucune ambiguïté, d’absence de RESPECT. Quand on respecte une personne, aucun des comportements évoqués dans ce post, dans certains commentaires ou dans le mien, n’arrive.

    Enfin, je voudrais terminer par une remarque plus ciblée, ancrée dans ma pratique professionnelle (donc plus de données) aussi bien que personnelle ou activiste: s’il existe un secteur de la médecine où tous les travers annoncés plus hauts sont récurrents plus qu’ailleurs, c’est bien la gynécologie. Et plus qu’ailleurs encore, les patientes, souvent, ne verbalisent pas la douleur/honte/souffrance/colère provoquée par les comportements des soignants. Sans doute parce que la situation est en elle-même, anomique et humiliante: allongée à poil les jambes écartées quand ce n’est pas écartelées sur des étriers en métal avec la chatte à l’air, ce n’est pas précisément une situation « normale » où l’on est au top de ses moyens, y compris en termes de représentation de soi. C’est pire encore, hors des milieux sociaux élevés intello-bobo où les modalités de la grossesse, de l’accouchement et de la maternité provoquent débats et activismes divers et variés, quand on en vient à la grossesse et l’accouchement: car là, réagir selon sa conscience en tant que patiente n’engage pas que soi mais aussi -et les soignants se chargent de le répéter à l’envie- la santé de l’enfant.

    Bref: moi, je trouve GÉNIAL que vous ayez pris la décision de publier cet article précisément sur votre blog. Visiblement, c’est courageux. Mais c’est surtout intelligent. J’adore votre blog et le suis depuis le début avec plaisir et grand intérêt intellectuel (certains de vos posts m’ont été très utiles dans mes pratiques pro), et regrette souvent de ne pas avoir réussi à trouver, une fois la cohorte de mes médecins divers et variés partis à la retraite, de remplaçants tels que vous. MERCI donc de rappeler encore une fois, même si cette fois-ci cela semble un peu douloureux ou franchement désagréable pour la « profession », qu’en médecine on ne travaille pas avec des gerbilles mais avec des humains qui ont les mêmes sentiments de dignité, de souffrance, d’espoir et d’image de soi que les grands manitous en blouse blanche.

    • « Mais qu’il y ait visiblement autant de personnes à trouver des raisons valables pour le reste (le téléphone, la sortie du médecin alors que la patiente est dans cette situation juste horrible, les phrases sublimes d’humanisme et d’empathie à la fin), là, cela pose un problème. »

      Que l’on s’identifie à l’interne/l’externe en expliquant ce qu’il peut se passer éventuellement dans leur tête à ce moment là ok, mais il ne me semble pas qu’à aucun moment quelqu’un ait trouvé normal/valable la sortie avec la sonde en place, ou les phrases déplacées. Quant à minorer le ressenti de Solène, je ne crois pas non plus.

  25. Marrant quand même… Des histoires comme ça, j’en ai déjà lu des dizaines ailleurs sur le net. Mais quand il s’agit de bonnes femmes qui discutent entre elles sur des forums style docti, ça n’intéresse ni n’émeut pas grand monde. Mais lorsqu’elle est publiée sur un blog de médecin, ça prend toute suite une résonance particulière (merci à leurs auteurs, soit dit en passant). D’abord, on a l’impression que certains, en découvrant ce qui se passe de l’autre côté du spéculum, viennent de découvrir l’eau tiède. Mais surtout c’est comme si des collègues, en proposant une tribune à une patiente, avaient porté atteinte au sacro-saint principe de confraternité, ce qui est bien plus intolérable que le manque de respect et d’inhumanité dont a été victime cette dernière, hein?

    • En fait je crois que c’est pour ça que ça ne m’a pas ému plus que ça (et attention, bien sûr que ça m’a touché cette histoire) mais oui voilà, j’en ai déjà lu des dizaines ailleurs, et des témoignages comme celui-là, malheureusement, c’est assez banal pour moi.

      Donc effectivement, ça ne m’a pas mis une claque, ou choquée. Et je ne me suis nullement sentie blessée ou attaquée parce que des collègues ont publié la parole d’une patiente.
      Je comprend pourquoi ils l’ont fait, et j’espère effectivement que ça apportera plein de choses et de réflexions à beaucoup de monde.

      Perso je connaissais déjà l’eau tiède donc ça ne révolutionne pas ma vie (même si des choses mériteraient d’être révolutionnées dans notre système de soins hein) et j’étais largement plus enthousiaste à la lecture des autres billets de ce blog.

      (Ce qui explique pour ceux qui les ont lu mes remarques sur Twitter)

      Après ce n’est nullement une critique du billet de Solène, de ce qu’elle exprime, de son ton ou du fait que son billet soit publié ici ;-)

  26. Cher docteurdu16 j’ai lu votre réponse à mon billet.
    Tout d’abord je tiens à vous dire que si effectivement je m’exprime plus poliment dans mes commentaires c’est peut-être parce que la situation n’est pas tout à fait la même. Nue les jambes écartées devant deux inconnus, je suis un tout petit peu moins disposée à être agréable, alors que devant mon ordinateur, chez moi avec des vêtements, je suis plus détendue.
    Je peux comprendre que ce que vous avez lu puisse vous choquer, c’est vrai, vous vous savez balancer tout en finesse, mais sachez que du monde professionnel d’où je viens (oui parce qu’avant d’être un charretier au foyer qui regarde docteur House et autres bêtises de ce genre, j’avais aussi un métier) c’est comme cela qu’on s’exprime. Alors moi cela ne me choque pas.
    Alors si effectivement j’ai eu de la chance de tomber sur deux personnes qui m’ont expliqué ce qui m’arrivais, je pense qu’ils ont aussi eu de la chance de tomber sur une personne qui à gardé sa rage au fond de ses pensées.
    Vous ne serez jamais dans la situation dans laquelle je me suis retrouvée donc nous ne pourrons jamais comparer mais Monsieur, n’avez vous jamais été en colère ? N’avez vous jamais été désespéré ? Etes vous resté courtois ? Même en pensées ?
    Je vais rebondir sur le commentaire d’Hélène School. Lorsque j’ai proposé ce billet à la publication, j’ai refusé de changer les expressions que j’avais utilisé, les conne, connard et autre tête de gland avaient de l’importance pour moi et je n’ai pas voulu les modifier tout simplement parce que c’est comme cela que les choses se sont inscrites dans ma tête sans que ce soit réfléchi. En surfant sur internet j’ai eu tout le loisir de me rendre compte que les forums de femmes qui parlent entre elles regorgent d’histoires comme la mienne, mais effectivement, tout le monde s’en fout (vous me dites si je vais trop loin dans mon langage de routier hein) tout le monde s’en fout parce que ce ne sont que des gonzesses qui papotent entre gonzesses.
    Au départ, ce texte je l’avais écrit pour moi, pour extérioriser ma souffrance, et puis un jour j’ai eu envie de le faire lire à quelqu’un de totalement inconnu, comme ça, pour voir et puis cette personne m’a dit que ce texte pourrait peut être aider des femmes dans ma situation, et aussi des médecins à savoir ce qui se passe dans la tête d’une patiente dans ces moments là. Effectivement j’aurai pu adoucir le tout, retirer les injures, les remplacer et en faire la plainte d’une malheureuse victime du système hospitalier. J’aurai pu, et je serai passée pour la pauvre femme à qui il est arrivé malheur mais cela aurai servi à quoi ? Je serai passé pour Bambi et vous seriez passés à autre chose et voila…
    Bref, la ça pique parce que ce billet rentre dans un cadre totalement différent, c’est vrai je viens insulter des médecins chez eux, je comprends que ce soit très très mal venu. Mais je pense que vous comprenez très bien qu’en vérité je n’insulte pas les médecins, je ne les insultent pas vraiment, j’explique simplement ce qui se passe dans la tête d’une patiente dans une situation telle que celle ci.
    Monsieur Docteurdu16, vous ne parlez pas comme un charretier, vous êtes bien éduqué, j’en déduis que vous êtes assez intelligent pour comprendre que je ne pense pas que cet étudiant est une tête de gland ou que cette interne est une connasse, j’ai la haine contre mon sort c’est tout, et je me retrouve confronté à des personnes froides et sans empathie alors dans ma tête, ça fuse, forcément.
    Dans votre réponse vous me dites ceci « Ainsi Solène, voulez-vous nous épater en écrivant de façon ordurière pour dire avec emphase « Moi, on ne me la fait pas… je suis émancipée… J’ai le droit de parler comme je veux, je peux échapper aux convenances, faire un pas de côté pour m’extraire de la bien-pensance qui assigne aux femmes, fussent-elles féministes et libérées, une attitude correcte… » Dont acte. Chomski a écrit quelque part qu’utiliser les mots de l’adversaire c’est lui donner une légitimité qu’il ne mérite pas. » de quel adversaire parlez vous ? Les hommes ? Vous pensez que c’est ça le fond du problème ? Alors cette histoire de fausse couche n’est rien, je suis seulement une femme en guerre contre les machos alors je m’exprime comme eux pour me faire une place, pour m’émanciper ? Je suis désolée de me montrer incorrecte mais je trouve ce raccourci un peu facile.

  27. Solène,
    Pour faire comprendre mon propos j’aurais dû gommer « le ton ».
    Je suis désolé de vous avoir choquée.
    Vous avez raison : vous avez le droit d’écrire comme vous le voulez.
    Vous n’avez pas retenu le fait que je trouvais tout à fait anormal ce qui vous est arrivé, que j’étais d’accord : l’hôpital est inhumain. Dans un autre genre, vous devriez lire ceci : http://www.mimiryudo.com/blog/2014/05/faites-medecine-quils-disaient-quatre-semaines-de-lautre-cote/. Encore plus inhumain.
    Ce que je voulais vous dire : c’est l’institution hospitalière qui est en cause, pas la conne et la tête de gland. C’est une critique politique qui est nécessaire, pas une critique existentielle. La conne et la tête de gland sont les produits de notre système, un système pas seulement médical mais sociétal.

    Vous êtes en colère, vous avez la haine, dites-vous, c’est compréhensible, mais je ne suis pas certain que la tête de gland, qui me paraît être plus une victime qu’un acteur de la victimisation, ait moins d’empathie que quiconque. Quant à la conne…
    Et, ne l’oubliez pas, dans le privé, mais Mediapart ne m’écoute pas, je suis capable de parler comme un charretier ou… comme un médecin en salle de garde, dans le privé. A partir du moment où vous vous exprimez sur le net vous devez accepter que l’on commente et le fond et la forme, et, comme on dit en communication, le fond, c’est la forme.
    Mais je suis d’accord : les notes étaient déplacées par rapport au message principal que je voulais faire passer, à savoir la bêtise crasse de ce système des urgences.
    J’ai déplacé le débat alors que votre propos était juste : vous avez été mal reçue.
    Et rien n’a changé depuis 1979. C’est terrible.
    Mon billet était donc décalé et, au lieu de vous soutenir dans votre douleur, j’ai raté mon propos.
    C’est maladroit, j’en conviens.
    Je me suis même posé la question de supprimer les 2 notes mais il faut assumer ses erreurs.
    Mille excuses.
    Bonne journée.

  28. Tiens elle me rappelle quelqu’un cette tête de gland…. Ha oui moi cet Hiver! Ma garde géniale aux urges gynécos, entre un item 183 (accueil d’un sujet_un sujet votre majesté_victime de violence sexuelle) et plusieurs items 28 (IVG et malheureusement beaucoup, beaucoup d’IMG), est venu un item 17 (complications de la grossesse, dont fausse couche spontanée…)

    Solene je vous trouves ingrate avec nous, étudiants éminemment bien formés à écouter, soulager, soigner et qui sait peut-être guérir nos patients humainement. Alors que notre formation est si complète dans le domaine… Item 1 il suffit d’y faire ça à le patient : Temps médical d’annonce, dans un lieu calme et adapté, s’assurer de n’être pas dérangé, par un médecin thésé ayant suivit le cas, accompagné d’une personne de confiance, information loyale et adaptée à la compréhension du patient, (ce gros débile qui n’en pipe pas un mot), sur la maladie, son évolutivité, les traitements bénéfice et risques, consultations et examens de suivi, proscrire l’ésotérisme, progressive, avec EMPATHIE, écoute, soutient, respecter les mécanismes de défense, faire reformuler les informations pour s’assurer qu’elles ont bien été comprises (on vous l’avais dit c’est un débile) prononcer le mot CANCER (si possible avec un air faussement contrit ça en jayte plusss), répondre aux questions, proposer de reconsulter, temps d’accompagnement soignant, temps de soutien, temps de coordination avec la médecine de ville (chienchien remplit l’ALD moi ça me lourde pi j’ai pas le temps)….

    Quand toutes ces conneries seront finies (dans trois semaines) je devrais faire face à des vrais patients, je repenserais à vous, votre vécu, les « bien sûr que oui que ça pique abruti je suis pas ton cobaye ». Merci d’avoir écrit votre ressenti, ça me permet de comprendre un peu mieux, au delà des attitudes stéréotypées que nous enseignent certains ayant perdu leur humanité depuis lurette… Et peut-être d’avoir un peu plus de délicatesse.

  29. J’ai lu ,et relu , le témoignage de Solène, dont je comprends infiniment la douleur.
    Je connais, pour l’avoir également pratiqué en tant que médecin le manque d’humanité de notre système hospitalier, et je suis mère de deux enfants.
    Mais je suis sidérée par l’hostilité déclarée de cette jeune femme envers ces deux jeunes médecins, car somme toute leur seul crime à été d’être les porteurs de mauvaises nouvelles. Dans l’antiquité ils étaient d’ailleurs mis à mort…..
    Nous sommes dans un contexte d’urgence, il est normal que Monsieur soit écarté .
    Ce n’est pas un manque d’empathie, les raisons sont multiples et toutes dans l’intérêt de Solène.
    Je comprend mieux en lisant tout cela les multiples agressions qui ont lieu envers les soignants, en particulier aux urgences.

    • Agressions aux urgence, mise à mort des messagers… Que d’emphase !
      Lisez les commentaires de Solene sous le billet et vous verrez que son « hostilité » était tout à fait intériorisée, ponctuelle et non équivoque.

      Sinon, ça va être difficile de nous démontrer en quoi sortir de la pièce à un tel moment avec la sonde endo-vaginale en place, pour prendre une communication téléphonique (fut-elle urgente), a été fait « dans son intérêt ». Entres autres…

      • Vous devez pour parler ainsi être un homme. La perte d’ un enfant est la douleur la plus intense, la plus destructrice, qu’une femme peut subir. On n’en guérit jamais, la cicatrice est toujours là, à vie.Il va falloir continuer avec, et si en plus c’est une fausse couche, elle sera invisible, et le deuil sera mal compris par l’entourage. L’essentiel c’est ça. La douleur c’est ça.
        Le reste est tellement accessoire.
        Par ailleurs Twitter est très mal adapté pour intérioriser.
        Ouvrez un journal, de temps en temps, ainsi qu’un livre d’Histoire.
        Pour le mot  » emphase » un simple dictionnaire suffira.
        Et surtout essayez de grandir.

    • Nous sommes dans un contexte d’urgence, Monsieur est écarté (?) mais l’interne prend quand même le temps de répondre au téléphone… Bien sûr, bien sûr…

  30. Lorsque ma chère et tendre a dû se faire examiner en gynéco pendant sa grossesse, l’interne a eu le mot juste : « Madame, est-ce que vous voulez que monsieur sorte ? ». Elle a compris quel genre d’examen allait être pratiqué, sûrement gênant donc, et a dit oui. Pour l’écho, effectivement, j’ai pu rentrer de nouveau. Peut-être que d’autres femmes, dans d’autres conditions (la notre n’était pas une urgence, pas de stress), préfère voir leur conjoint à leurs côtés.
    L’interne ne peut pas savoir : autant qu’il/elle demande.

    (c’était pour répondre à « je ne comprend pas pourquoi on fait sortir monsieur »)

    • Parce qu’il y a des cas où mettre une femme en position de faire sortir Monsieur, c’est lui rajouter une charge de plus. Je ne connais pas bien ce protocole précis, mais je comprends qu’un règlement qui s’applique à tous puisse être une protection pour les plus vulnérables.

  31. J’ai malheureusement vécu ça, 2 fois, et je n’en reviens pas j’aurais pu exactement décrire les mêmes situations que Solène.
    Le meilleur a été l’interne, en s’adressant à l’étudiant lors de l’échographie post-FC, qui explique avec force détails à quel point « l’utérus est non gravide, il n’y a rien dedans »: exactement ce que j’avais envie d’entendre!

    Je sais aussi qu’ils font de leur mieux, qu’ils voient plein de patiente bien plus « critiques » que moi, que l’étudiant a besoin d’apprendre…etc, mais il ne faut pas négliger le poids des mots (et d’autant plus, dans ces cas là, sur une patiente pleine d’hormones!)

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