Au bout du couloir

Etudiante, j’ai fait pas mal de petits boulots, plus ou moins en rapport avec le milieu médical.
Celui-ci m’a particulièrement plu, même s’il m’est arrivé des histoires un peu tordues. Arff, peut-être PARCE qu’il m’est arrivé des histoires un peu tordues. Celle-ci est vraiment affreuse, en fin de compte. On pourrait dire qu’elle m’a carrément ouvert les portes de la perception, quelque part…

J’ai travaillé en prison.

En tant qu’externe, on a le droit de Lire la suite

Le soleil n’a pas lapiné la lune

Un jour, antan lontan, il y a eu une éclipse de soleil.
Une éclipse partielle, ok, mais visible ici, et un jour sans nuage. Fantastique.
SAUF QUE ce jour-là, je travaillais. J’étais interne à l’APHP, autant dire que j’étais enfermée à l’hôpital entre le lever et le coucher du soleil. Grumf. Frustration.
MAIS il s’avère que ce semestre-là, j’étais en pneu-mo-lo-gie ! Si, c’est une bonne nouvelle, attends : une radiographie s’avère être le matériel le plus efficace pour observer ce phénomène. Ma déception d’être coincée là pile au moment parfait a été largement compensée par la pléthorique disponibilité du meilleur matos. Haha, vengeance.

J’ai fait ce jour-là la visite la plus originale de mon internat. Dans chaque chambre orientée dans le bon sens (c’est-à-dire la moitié), j’ai dégainé une radio et j’ai observé le soleil en faisant déplacer le patient de son lit. « Mais si, venez voir ! C’est mortel ! » Certains étaient enthousiastes, d’autres atterrés par ce manque de sérieux, ou tout simplement pas d’humeur. Les infirmières se sont moqué de moi (bof, j’étais plus à ça près), mais j’étais trop contente de pouvoir profiter du spectacle ET le partager.
J’en garde un excellent souvenir. C’était un jour particulier, je voulais qu’il le soit, et j’ai pu aller jusqu’au bout dans des conditions étonnamment idéales.
Parfois, faut pas grand-chose pour rendre un interne heureux…

Entre mes mains

J’aime bien avoir ritualisé la consultation d’un enfant.
On commence par discuter au bureau, et c’est lui qui m’explique, comme il peut, avant que le parent complète, ou non, l’histoire de la maladie. Je termine toujours par la balance, avant de se rhabiller. Et je ne donne le Dragibus-récompense instauré par mon collaborateur il y a 20 ans, qu’après avoir terminé de faire l’ordonnance et de remplir le carnet (« Attends un peu, je finis de travailler »).
Pendant l’examen il y a des gestes, des phrases, des habitudes, qu’il connait. Lève la tête, ouvre la bouche, tire la langue, fais « beuarrrrgh ! » Je vais regarder ton ventre, oulala j’ai les mains froides. Il me tend ses oreilles même s’il vient pour des boutons, parce que ça fait partie des gestes qu’on fait d’habitude. Je m’exécute. Il s’exécute.

Et au milieu de tout ça, il y a *les ganglions*.
*Les ganglions*, ça se touche. Toucher et se laisser toucher, c’est vraiment un moment particulier. Après avoir regardé les yeux, la bouche, les oreilles, je palpe les ganglions cervicaux. Face à lui, assis sagement, sa tête un peu plus basse que la mienne, je touche en pianotant doucement des doigts, sous sa mâchoire et dans son cou. « Et là ça fait mal ? Et là ? » Alors tout à coup, c’est magique : son corps devient chamallow, son regard traverse le mien, sa bouche esquisse parfois un sourire, sa tête s’abandonne sur mes mains, le temps est suspendu. S’il savait le faire, je pense qu’à ce moment-là, il ronronnerait… Ces chatons-là aussi aiment qu’on leur gratouille le cou.

La palpation des ganglions, cet instant hautement sensuel.