La fibre musicale

Iron Maiden, Megadeth, Suicidal Tendencies, Sepultura, Ska-P, System of a Down, Less Than Jake, Mastodon, Anthrax, Cypress Hill, Manowar, Trust
Peu importe le style, le sous-genre, la micro-niche musicale : quand tu sors du métro et que tu cherches la salle de concert, contente-toi de suivre les T-shirts. Sauf le mien. À la rigueur, fut un temps, tu pouvais me repérer à la chevelure.

Un concert c’est : du bruit, de la foule, de la bière, des clopes, des cheveux, de la sueur, de la joie, de la bière, des têtes qui bougent et, dans les festivals d’été, de la poussière, et encore plus de bière.
Ça demande pas mal de préparation : des Doc Martens, des vraies, coquées de métal, pour réceptionner le biker de 120 kilos qui saute pas droit (cf. la bière et la joie) ; et surtout choisis bien la taille, pas ta pointure pile, quitte à rajouter une semelle ou une paire de chaussettes. Un futal type treillis, avec ces poches le long de la cuisse qui ferment bien, pour pas paumer la thune (pour la bière), les clopes, le portable, le ticket de métro du retour, les boules Quiès™ et, dans mon cas, les binocles. Avec une bonne ceinture, aussi. Selon la saison, un pull. Le genre qui se porte tout seul, pas besoin de manteau. De la grosse maille, c’est parfait, parce que quand tu noues les manches autour de la taille, ça tombe pas.
Et puis un T-shirt. L’accessoire de mode. Le message. Le truc qui dit « Je les connaissais avant qu’ils soient cools » ; ou encore « J’ai pogoté dans un pit de Napalm Death » ; mais surtout « On est pareil, toi et moi.»

Je vais Lire la suite

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Merci pour ce moment

Quand un couple arrive à la fin du printemps avec déjà un pied dans l’automne (42 pour moi, 38 pour ma moitié) et qu’il cherche à avoir un enfant, ce n’est pas aussi simple que lorsque les fleurs bourgeonnent et la sève déborde des arbres dès qu’on les touche. Après deux années d’essais infructueux (pas merci Mère Nature), on nous dirige vers Mère la Science, et on me demande notamment d’aller faire un spermogramme.

Kezakoidon un spermogramme ?
1- La vente de semence au poids (« Y a un peu plus, je vous le laisse ma p’tite dame ? »)
2- Une analyse des spermatozoïdes pour voir la quantité, la qualité, la vivacité et la fertilité de l’émission ?

Je file donc sur la grande toile afin de trouver des témoignages sur le déroulement de cette cérémonie mais je ne trouve pas de quoi m’éclairer. Premier résultat : un récit érotique. Deuxième résultat : une histoire succincte, brève et plutôt technique. Troisième résultat : un touchant témoignage.

Je ne sais pas vraiment ce qui m’attend. J’ai vécu jusqu’ici sans me poser la question de ma fertilité, comme un bien acquis à la naissance. Est-ce que la vie va me permettre de devenir père ou vais-je devoir Lire la suite

J’aurais voulu être une rock star

Ce billet inaugure un nouvelle section intitulée « Explosions textiles » inspirée du projet éponyme de Nasty Samy : l’ancien guitariste de feu-SECOND RATE (dont -et avec qui- on a déjà parlé ici) a dirigé la rédaction d’un recueil regroupant les textes de 45 auteurs gravitant autour du fanzinat et de la scène punk/hardcore/metal française, racontant la naissance de leur passion musicale par le biais des circonstances d’achat de leur premier T-shirt de rock. C’est un chouette livre, qui peut facilement se commander en ligne.

 

D’où viennent nos passions ?
Est-on prédestiné dès le départ à s’embraser pour une chose plutôt qu’une autre ? Adopte-t-on les goûts de nos proches, par capillarité ? Ou on contraire se construit-on par opposition ? Emprunte-t-on ces chemins au hasard ?
Probablement un peu de tout ça.

Aussi loin que je me souvienne je crois avoir toujours baigné dans la musique. Avec ma mère tout d’abord, qui écoutait beaucoup de classique. En rentrant à la maternelle, je connaissais quasiment « Carmen » par cœur. À 5 ans, elle m’inscrivit aux cours de solfège (c’était nul), à 6 ans au conservatoire pour y Lire la suite

Tu fais quoi dans la vie ?

« Tu fais quoi dans la vie ?
– Je suis pédiatre.
– Ah, tu bosses dans un cabinet ?
– Non, à l’hôpital [j’élude souvent la partie thèse de science et laboratoire de recherche pour ne pas perdre complètement mon interlocuteur dans les méandres de mon bac + beaucoup]
– Ah, et tu fais quoi exactement alors ?
– De l’oncologie pédiatrique [tentative de noyade de poisson avec un terme compliqué]
– De la quoi ?
– De la cancérologie. Avec des enfants. Des enfants qui ont un cancer [attention silence gêné dans 4, 3, 2, 1…]
– …
– …
– Pfiou, je sais pas comment tu fais. Je serais incapable de Lire la suite

Les crocodiles de Central Park sont tristes le mercredi

C’était une consultation banale pour moi, mais pas pour lui.
Il ne voulait plus consulter pour ça et puis il s’est laissé convaincre, par un inconnu dans le métro ligne 9. Un inconnu qui lui a dit : « J’ai vu la dame avec le bébé qui a changé de place quand vous vous êtes assis. J’ai eu mal pour vous. Moi aussi j’ai connu ça, moi aussi j’étais couvert de psoriasis, allez la voir ! » Et il lui a écrit mon nom et celui de mon hôpital.
(notez au passage comme *subtilement* je vous case que je suis un peu une star sur la ligne 9, NKM peut bien aller se rhabiller)

On avait fini les antécédents et les comorbidités, on avait retracé l’histoire de sa maladie, je vous la fais courte : vingt ans de psoriasis sévère, vingt ans d’échec de traitements locaux et deux cures de photothérapie avec des rechutes rapides à chaque fois. Depuis dix ans, il ne faisait plus rien.
Je l’ai examiné, j’ai calculé la surface cutanée atteinte : 34 % (c’était beaucoup).
Et puis j’ai abordé la qualité de vie.

Il m’a dit que ça allait, qu’il s’était habitué. « Ahhh ben tant mieux alors, on va pouvoir ne rien faire ! » Bon, ok, je déconne, j’ai posé des questions plus précises :
« Au Boulot ?
– Ça va, je bosse dans une boîte de transport routier, avant j’étais commercial, mais j’ai dû arrêter. Parce que vous voyez, y a des jours j’étais vraiment pas présentable. Et puis voir les gens mettre les mains dans leur poche au moment de me serrer la main, ça me faisait mal dix fois par jour. Je me suis dit que je n’étais pas obligé de m’infliger ça. Mon patron c’est un mec bien, il m’a gardé quand même. Maintenant, je suis chauffeur, je suis tranquille dans mon camion, personne ne m’emmerde. Surtout depuis que je suis passé de nuit, j’ai moins de questions. Franchement ça va.
– En famille ?
– Pas de problème, la famille, c’est la famille. Ils sont habitués depuis le temps, même mes gosses hein, ils sont grands maintenant, ils m’appellent « Papa Crocodile », ça me fait Lire la suite

T’as le look cocognition

Logie de la Mode, et du comportement en général.

« Don’t judge a book by its coverscribens »

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Les neurosciences c’est compliqué.
Si vous en voulez une preuve indiscutable, un de mes bouquins de vulgarisation (auprès d’un public de neurologues) qui aborde la réalité scientifique avec une rigueur et une précision équivalente à celle d’une maîtresse de CE1 expliquant le système solaire, fait quand même 943 pages (pour les masochistes, c’est Neurosciences, 4th edition, Sinauer Associates).

Et dans les neurosciences, le plus compliqué, c’est la cognition.
J’ai déjà fait plusieurs powerpoints sur ce sujet (dont, si vous avez bien suivi, le niveau scientifique est comparable à celui du gosse de CE1 qui après son cours, entreprend  d’expliquer le système solaire à ses parents avec une cerise et une orange). Un de mes problèmes pour faire passer le message est que je n’ai jamais trouvé d’analogie permettant de présenter les mécanismes de cognition à des moldus non-neurologues.

Mais tout vient à point à qui sait Lire la suite

Venez comme vous êtes

Lundi matin, tu n’as pas eu besoin de me dire que tu venais me voir pour une grosse déprime ce jour-là. C’était la première fois que je te voyais sans ton impeccable maquillage.

Lundi soir, comme à chaque fois que je te déshabille, je retrouve dans ton gilet et ton corsage les vestiges du petit-déjeuner et du repas du midi de ta maison de retraite.

Mercredi matin, tu m’amènes ton fils à 10h30 parce qu’il a toussé toute la nuit. Il est en pyjama, et toi aussi.

Jeudi matin, je sais que je vais avoir du retard, car tu as comme toujours huit couches de vêtements à enlever : trois pulls, une chemise, deux T-Shirts, un sous-pull et un maillot de corps (mais jamais les mêmes). Tu prétends que ton précédent médecin arrivait à écouter à travers.

Jeudi après-midi, comme depuis sept ans que je te suis, tu portes ce slip que je n’ai jamais connu blanc et qui tient désormais avec une épingle à nourrice. Il doit te porter bonheur, tu es toujours en rémission.

Samedi matin, tu te présentes voilée avec tes deux enfants pour les faire vacciner.

Lundi matin, tu portes une jolie écharpe avec des boules de fourrures. Lundi soir, je rentre chez moi avec une jolie écharpe avec des boules de fourrures. Tu en avais acheté trois : une pour toi, une pour ta fille, et une pour ton docteur.

Mardi matin, à la visite, tu vas mieux et tu aimerais Lire la suite