Entre mes mains

J’aime bien avoir ritualisé la consultation d’un enfant.
On commence par discuter au bureau, et c’est lui qui m’explique, comme il peut, avant que le parent complète, ou non, l’histoire de la maladie. Je termine toujours par la balance, avant de se rhabiller. Et je ne donne le Dragibus-récompense instauré par mon collaborateur il y a 20 ans, qu’après avoir terminé de faire l’ordonnance et de remplir le carnet (« Attends un peu, je finis de travailler »).
Pendant l’examen il y a des gestes, des phrases, des habitudes, qu’il connait. Lève la tête, ouvre la bouche, tire la langue, fais « beuarrrrgh ! » Je vais regarder ton ventre, oulala j’ai les mains froides. Il me tend ses oreilles même s’il vient pour des boutons, parce que ça fait partie des gestes qu’on fait d’habitude. Je m’exécute. Il s’exécute.

Et au milieu de tout ça, il y a *les ganglions*.
*Les ganglions*, ça se touche. Toucher et se laisser toucher, c’est vraiment un moment particulier. Après avoir regardé les yeux, la bouche, les oreilles, je palpe les ganglions cervicaux. Face à lui, assis sagement, sa tête un peu plus basse que la mienne, je touche en pianotant doucement des doigts, sous sa mâchoire et dans son cou. « Et là ça fait mal ? Et là ? » Alors tout à coup, c’est magique : son corps devient chamallow, son regard traverse le mien, sa bouche esquisse parfois un sourire, sa tête s’abandonne sur mes mains, le temps est suspendu. S’il savait le faire, je pense qu’à ce moment-là, il ronronnerait… Ces chatons-là aussi aiment qu’on leur gratouille le cou.

La palpation des ganglions, cet instant hautement sensuel.

Publicités

Ça plane pour moi

21H00 : La famille et quelques invités nous accompagnent à l’aéroport, on m’embrasse, on me souhaite bon voyage, je ne sais pas encore où je pars, je me suis mariée hier, ma vie est merveilleuse.

21H15 : Enregistrement les yeux bandés (oui, j’ai épousé Frédéric Lopez…)

22H00 : Je découvre ma destination : la Réunion. J’ai un immense sourire, le rose aux joues, des fleurs encore dans les cheveux, le cerveau noyé d’endorphines… Tout le monde me trouve bien mignonne (et bien crucruche aussi j’imagine, mais bon). J’en oublierais presque que j’ai très peur en avion.

22H30 : On embarque, main dans la main, je décide de ne pas prendre le Xanax® prévu afin de rester en pleine possession de mes moyens en cas de crash aérien.

22H41 : Savez-vous que personne n’écoute les consignes de sécurité ? Tout le monde me remerciera quand il s’agira de gonfler les canots et d’allumer la loupiote du gilet de sauvetage au moment de l’amerrissage d’urgence.

22H45 : Je pose beaucoup de questions à l’hôtesse sur les modalités exactes de gonflement des canots de sauvetage.

22H46 : L’hôtesse me demande sèchement de Lire la suite