Vol au-dessus d’un nid de foufous (3): Pipou

En arrivant à l’UMD, je m’étais préparé à tomber sur des gros psychopathes de la mort… Mais mon premier patient fut Pipou.

Pipou a bien un prénom (Philippe), et un nom de famille même, mais personne ici ne semble les avoir jamais employés. C’est contraire à tout ce qu’on m’a raconté dans mon stage de séméiologie évidemment, mais il aurait semblé incongru à tout le monde de vouvoyer ce grand enfant dans un corps d’adulte, et de l’interpeler autrement que par son diminutif.
Car Pipou est oligophrène : du grec « oligo- » (petit) et « -phrène » (esprit). Un petit esprit coincé dans un crâne aux cheveux poivre et sel. Un « débile mental » aurait-t-on dit au Café du commerce.
Paye ton fou dangereux ! Bien loin de Jack Nicholson et Joe l’Indien en tout cas. Pour l’adrénaline, on repassera.

Pipou a donc posé des problèmes de comportement, il y a longtemps, qui l’ont conduit jusqu’à l’UMD. Mais lorsque je le rencontre, il ne présente plus réellement de danger pour autrui depuis plusieurs années. L’absence de structure adaptée prête à Lire la suite

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Venez comme vous êtes (mais sans votre utérus)

Premier jour de stage, laïus du patron aux internes, l’une de nous est en surnombre pour grossesse :
« Bon, les filles, j’espère que personne ne compte tomber enceinte ce semestre ! »

Je suis PH. Comme chaque année depuis cinq ans, je demande à ma chef de service, l’autorisation UNE fois dans l’année de décaler la visite du mardi de 9h00 à 9h30 pour pouvoir accompagner mes enfants le jour de leur rentrée des classes :
« Euuuh… Oui, oui, si vous y tenez. Mais je ne comprends pas bien pourquoi, ce n’est pas le genre de choses dont votre mari, ou vos parents, pourraient s’occuper ? »
(Ils pourraient oui. J’ai juste envie de le faire moi en fait)

À propos d’une copine CCA en congé maternité :
« Faudrait qu’on profite de son arrêt pour la faire avancer sur l’article là. Elle sera sûrement contente en plus, souvent elles s’ennuient pendant cette période et n’osent pas le dire.

La cadre sage-femme à l’équipe alors que deux d’entre nous sont enceintes :
« Non mais vous savez si ça ne tenait qu’à moi je n’embaucherais que des hommes et puis voilà. »

L’infirmier anesthésiste au bloc, s’adressant à moi (externe) :
« T’as beau être la plus jeune t’as du en voir des kilomètres de bites toi ! »

Ma PUPH qui m’appelle juste après mon accouchement :
« Et surtout pense à Lire la suite

Marc et sophismes

Perruche en Automne, dans cet excellent billet, présente les arguments fallacieux que les partisans des médecines alternatives utilisent pour défendre leur pratique.

Un argument fallacieux, c’est un raisonnement faux. Un sophisme. Un argumentaire qui a l’air vrai, mais qui, si on y regarde de plus près, présente à un moment donné une faille, qui le rend invalide.

On a besoin de la logique, de s’ancrer à un raisonnement scientifique, parce que la médecine est souvent faite de points d’interrogations.

N’empêche.

N’empêche que parfois, je l’avoue, j’utilise en toute connaissance de cause des arguments fallacieux pendant mes consultations. Parfois pour me sortir d’un faux pas, parfois pour convaincre le patient, parfois lorsque je vois que la discussion arrive à une impasse, mais souvent, c’est paradoxalement pour appuyer un propos que j’ai par ailleurs essayé de développer sur des arguments solides.

Voici donc la liste (non exhaustive) des arguments fallacieux que j’utilise en consultation.

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L’appel à la tradition (ou « Les Anciens savaient bien mieux que nous » ou encore « C’était mieux avant ») :

« Docteur, j’ai vu qu’il existait de nouveaux médicaments pour soigner le diabète, d’ailleurs son docteur en a prescrit un à mon voisin : la schtroumpfogliptine.
– Oui, mais ce médicament n’agit en fait que sur le chiffre de votre hémoglobine glyquée, et peut provoquer des effets indésirables graves, comme des pancréatites. Je préfère vous prescrire de la metformine, qui est connue est bien éprouvée, et avec moins d’effets indésirables.
– Ah oui, vous pensez ?
– Oui. De plus, cela fait 60 ans qu’elle est sur le marché, alors… »

Cet argument ne tient pas la route : jusqu’en 2009, on pouvait encore dire : « Le Mediator®, c’est bon, ça fait 38 ans que ça existe. »

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L’argument d’autorité (ou « Vu à la télé » ou encore « Si l’expert le dit, c’est que c’est vrai ») :

« Docteur, je me lève de plus en plus souvent la nuit pour Lire la suite

MédeSAINT

16 septembre à l’aube, dans le pays du Bouchonnois, c’est le début de la saison des virus.

« Mais au fond, quelle différence y a-t-il entre le bon et le mauvais médecin ?

– Le mauvais médecin, bon ben c’est le gars qui a un stéthoscope, y voit une amygdale un peu rouge, y balance les antibiotiques. Le bon médecin, c’est un gars, bon ben il a un stéthoscope… euh, y voit une amygdale un peu rouge… bon, y balance les antibiotiques s’il a pas de TDR, mais c’est pas la même chose, c’est un bon médecin.

– C’est assez subtil…

– En fait la différence, c’est que les bons médecins c’était les médecins d’avant. Déjà on était entre couilles, maintenant y a plus que des gonzesses qui veulent pondre. Bon, ben aussi on s’en foutait de dormir la nuit, de faire autre chose de nos week-ends, de participer à la vie du foyer, de voir nos gosses, tous ces trucs de tapettes métrosexuels. Avant, nous les médecins, on était des Saints, oui monsieur, parfaitement ! Les jeunes de maintenant, c’est des feignants, voire des racailles… Nan mais faut leur expliquer aux gens, parce qu’ils font pas la différence après. De toute façon ça c’est des questions à la con. »

Toute ressemblance avec des propos réellement tenus dans la presse par de vrais élus serait un peu inquiétante, heureusement ici personne ne mange de ce pain-là. Personne, de droite comme de gauche, n’oserait sérieusement renvoyer dos à dos les jeunes et les vieux, empilant les clichés de part et d’autres, fantasmant une nouvelle generation vénale, inconsciente des réalités socio-économiques, et une ancienne, disponible 24 heures sur 24, 365 jours par an. Soyez rassurés, les médecins d’aujourd’hui ne sachant pas séparer vie professionnelle et vie personnelle divorcent et se suicident toujours. Tout ceci n’a rien à voir, absolument rien, avec d’éventuels projets de mesures coercitives visant les médecins libéraux, et qui seraient dans les cartons depuis de nombreuses années. Gagner sa vie en soignant des gens, ce n’est pas sale. Avoir une famille à côté et prendre des vacances de temps de temps, non plus.