Tu fais quoi dans la vie ?

« Tu fais quoi dans la vie ?
– Je suis pédiatre.
– Ah, tu bosses dans un cabinet ?
– Non, à l’hôpital [j’élude souvent la partie thèse de science et laboratoire de recherche pour ne pas perdre complètement mon interlocuteur dans les méandres de mon bac + beaucoup]
– Ah, et tu fais quoi exactement alors ?
– De l’oncologie pédiatrique [tentative de noyade de poisson avec un terme compliqué]
– De la quoi ?
– De la cancérologie. Avec des enfants. Des enfants qui ont un cancer [attention silence gêné dans 4, 3, 2, 1…]
– …
– …
– Pfiou, je sais pas comment tu fais. Je serais incapable de Lire la suite

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La dérive des incontinents

D’autres ont déjà évoqué la difficulté de soigner les gens qu’on connaît bien, qu’on aime trop, le manque de recul pourtant nécessaire. Le risque de déni face des symptômes pourtant alarmants ou la compréhensible inclinaison à penser au pire.
A contrario, il n’est pas toujours facile de se positionner autrement que comme un soignant face à la maladie ou au handicap d’un proche. Avant que cet état de fait ne finisse par s’imposer à moi au fur et à mesure de mon parcours, on m’avait un peu forcé la main au commencement : « Tiens, toi qui étudies la médecine, tu accompagneras ton papi à sa consultation. » J’étais donc planté là, sur ma chaise, censé lubrifier le dialogue entre un grand-père un peu taiseux qui avait quand-même fini par nous signaler qu’il avait des rectorragies, et celui qui allait devenir son chirurgien digestif.
Mais en termes de lubrification, j’aurais tout de même préféré être consulté avant d’assister à son toucher rectal. Voir à vingt ans son grand-père se faire explorer le fondement par un inconnu, fût-il accoutré d’une blouse blanche, c’est un peu la fin de l’innocence. Bah quoi, j’étais en médecine ou j’étais pas en médecine ?
Une fois rentrés, je fus logiquement mis à contribution pour l’aider à se faire un lavement. Et moi de tirer la chasse sur ma candeur. Perdue pour perdue…

Mais ce serait leur faire un faux procès que de rejeter sur d’autres l’origine de cette bizarrerie relationnelle : ils n’avaient fait qu’accélérer un peu le processus. Quand on aimerait parfois Lire la suite

L’amour est dans le préjugé

Septembre 2013.

Ça fait déjà plusieurs mois que je suis en contact avec Totomathon. Totomathon, c’est un gars qu’est sur Twitter, un « twitto », comme on dit. Il est pneumologue, pneumologue dans un grrrrand CHU de la capitale. Alors quand, en septembre, il m’a proposé qu’on fasse un blog ensemble, j’ai tout de suite compris que c’était pour se moquer de moi, petit généraliste remplaçant en zone rurale. Il allait pouvoir m’embrouiller avec des notions de physiologie respiratoire, d’EFR et de respirateurs. Sans compter qu’il allait aussi pouvoir facilement m’influencer avec son aura de grrrrand spécialiste (mais pas par la taille) en me vantant les mérites du tout dernier diskus-spray-turbuhaler-suppo, reprenant le discours de Mlle Bigueboubze, sa visiteuse médicale préférée. Si j’aimais les blagues de merde, je dirais qu’il me pompe un peu l’air.

Mais c’est un gars sympa qui m’a tout de suite rassuré en me disant qu’il y aurait aussi une dermatologue, La Boutonnologue, qui participerait. Enfin je suis plus très sûr, maintenant, je crois que les dermatologues ont un cursus différent de celui des esthéticiennes, mais de là à dire qu’elles font des études de médecine comme nous, j’en mettrais pas ma main à couper. Il m’a dit qu’elle travaillait avec lui au CHU, je me demande ce qu’elle peut bien y faire.

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Janvier 2013.

Quand Totomathon m’a donné RDV pour la 1ère fois à la cafétéria de l’hôpital, il m’avait dit : « Tu me reconnaîtras, j’aurai une canule de trachéo à la main. » J’ai bien compris le message à peine subliminal : moi je suis pneumologue, je fais de la réanimation, j’ai un gros ……………………… stéthoscope. Et moi je suis une connasse de dermatologue, c’est ça ? J’avais failli Lire la suite