La peau qui m’habite

Il s’appelle Branldon, il a 18 ans et une maladie des muqueuses sacrément mystérieuse (et un peu grave aussi). Si je donnais dans la blague facile, je dirais que tout le monde sèche sur ses muqueuses. Notre dernier espoir de parvenir à un diagnostic, c’était de biopsier LE truc qu’on n’avait pas encore biopsié, à savoir son prépuce anormalement collé, en réalisant une posthectomie à visée diagnostique.
Sans vouloir vexer personne ou minimiser quoi que ce soit, quand on pense que la vie peut tenir à un prépuce, on se dit qu’on est bien peu de choses…

Je ne vous cache pas que les chirurgiens n’étaient pas passionnés par l’affaire, rapport au fait qu’une circoncision, c’est pas trop avec ça que tu vas avoir le prix Nobel, mais à bons coups d’arguments fella fallacieux, j’avais fini par en trouver un d’accord pour le faire.
Mais quand j’étais allée lui expliquer que surtout, SURTOUT, il faudrait faire bien attention à Lire la suite

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Entre mes mains

J’aime bien avoir ritualisé la consultation d’un enfant.
On commence par discuter au bureau, et c’est lui qui m’explique, comme il peut, avant que le parent complète, ou non, l’histoire de la maladie. Je termine toujours par la balance, avant de se rhabiller. Et je ne donne le Dragibus-récompense instauré par mon collaborateur il y a 20 ans, qu’après avoir terminé de faire l’ordonnance et de remplir le carnet (« Attends un peu, je finis de travailler »).
Pendant l’examen il y a des gestes, des phrases, des habitudes, qu’il connait. Lève la tête, ouvre la bouche, tire la langue, fais « beuarrrrgh ! » Je vais regarder ton ventre, oulala j’ai les mains froides. Il me tend ses oreilles même s’il vient pour des boutons, parce que ça fait partie des gestes qu’on fait d’habitude. Je m’exécute. Il s’exécute.

Et au milieu de tout ça, il y a *les ganglions*.
*Les ganglions*, ça se touche. Toucher et se laisser toucher, c’est vraiment un moment particulier. Après avoir regardé les yeux, la bouche, les oreilles, je palpe les ganglions cervicaux. Face à lui, assis sagement, sa tête un peu plus basse que la mienne, je touche en pianotant doucement des doigts, sous sa mâchoire et dans son cou. « Et là ça fait mal ? Et là ? » Alors tout à coup, c’est magique : son corps devient chamallow, son regard traverse le mien, sa bouche esquisse parfois un sourire, sa tête s’abandonne sur mes mains, le temps est suspendu. S’il savait le faire, je pense qu’à ce moment-là, il ronronnerait… Ces chatons-là aussi aiment qu’on leur gratouille le cou.

La palpation des ganglions, cet instant hautement sensuel.

BUSE (Brevet Universel de Séméiologie Élémentaire)

Les stagiaires de 3ème sont rentrés chez eux pour fêter Noël. Mais le sachiez-tu, l’hôpital aussi accueille des stagiaires : des stagiaires de 2ème.
Fraîchement émoulus des affres du concours de première année, les étudiants en médecine classés en rang utile accèdent à l’étape suivante et deviennent des « P2 ». Nombre d’entre eux, et dans une certaine mesure votre serviteur en son temps, considèrent traditionnellement cette année comme plus ou moins sabbatique ; lourd sera le parpaing de la réalité des examens de physiologie respiratoire du premier trimestre sur la tartelette aux fraises de leurs illusions.
En revanche, avec un enthousiasme un peu plus consensuel, la 2ème année de médecine est l’occasion de Lire la suite