Sur la route de Médecine

J’ai 3 ans et quand je serai grand je serai éboueur ! Le matin des poubelles, je dévale les escaliers en slip et, en attendant que mon chocolat chauffe, je grimpe sur la chaise et me poste à la fenêtre de la cuisine en attendant le passage du camion. Quand enfin il arrive je salue vivement mes copains les éboueurs, des grands Noirs qui me rendent mon coucou avec un grand sourire de dents toutes blanches.
Maman n’ose pas décourager ma vocation. Au supermarché, je grimpe sur le côté du caddie et à chaque stop elle m’indique quoi prendre. Bon, parfois elle râle un peu quand même, quand je balance sans ménagement un truc un peu fragile, mais depuis quand doit-on déposer précautionneusement un sac poubelle dans une benne ? Le caddie/camion repart ensuite au son de mes « tut tut » et mes « vrouuuum ! »

J’ai 3 ans et je veux être « dame de piscine » ou alors « monsieur de manège ». J’hésite : « dame de piscine » assouvirait parfaitement mon désir d’être utile à la société (à l’époque où les casiers automatiques n’existaient pas, on aurait été bien embêtés sans les dames de piscine pour retrouver nos affaires sèches après la baignade) tout en comblant mon goût déjà prononcé pour l’ordre et l’organisation (porte-habits numérotés, correspondant à des bracelets numérotés, rangés dans l’ordre de leur numération… rien que d’en reparler j’en ai des frissons). « Monsieur de manège » me permettrait de Lire la suite

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De la poudre aux yeux (2ème partie) : héroïne d’un jour

Résumé de l’épisode précédent :

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Jeudi 29 novembre 2001, Marne-La-Vallée, Seine-et-Marne.

17H51 : A Disneyland Paris®©™, la parade lumineuse s’apprête à démarrer et Kevina, dans son uniforme de Cast member, s’emmerde ferme dans l’arrière-boutique du « Disney Magic Shopping Dreams of Princess®©™. »

17H52 : C’est décidé : en janvier, elle essaiera de passer le casting du Loft 2, avec sa grande gueule sa personnalité et ses gros seins son charisme, ils la prendront, c’est sûr. Elle s’arrachera de son job de vendeuse d’oreilles de Mickey®©™ et de sa téci pourrie de banlieue pourrie.

17H53 : En rangeant un paquet d’harmonicas « Rox et Rouky », elle trouve un sachet bizarre contenant de la poudre blanche avec « dessicant » marqué dessus.

17H54 : « Ma parole c’est grave relou ce job. » Kevina a trop le seum.

17H55 : Jessifer et Kassandrine, ses deux collègues Disney®©™, arrivent, les bras chargés de minis aspirateurs « Cendrillon ». Kevina, qui se fait définitivement chier et qui tient à travailler son sens du spectacle pour préparer le casting, ouvre le sachet et leur balance de la poudre blanche dessus en criant : « C’est de l’anthramsque, je suis une terroriste, vous allez crever, bande de bâtardes !!! MDR !! Alla ouaquebar chais pas quoi lol !! ». Les deux autres dindes copines, hilares, en remplissent les harmonicas et soufflent dedans à pleins poumons. De la poudre blanche se répand un peu partout sur l’air mélodieux d’« It’s A Small World. »

17H57 : Mlle Mangin, responsable de la boutique « Disney Magic Shopping Dreams of Princess®©™ » alertée par le bruit et les gloussements, manque de s’étouffer avec son foulard « La Petite Sirène », lorsqu’elle trouve Kevina et ses deux comparses dans la réserve, couvertes de poudre blanche.

17H58 : Elle se rappelle mot pour mot le discours du responsable de la sécurité lors de la réunion « Prévention du risque terroriste » à laquelle elle a assisté il y a 3 semaines : « Si une attaque a lieu en France, le parc Disneyland Paris®©™ sera une cible de premier ordre en raison de sa fréquentation touristique et du symbole de l’Amérique qu’il représente. Il est demandé à chaque employé de Lire la suite

La mort en face

Quand j’étais en P2, flottant gaiement dans ma blouse taille 5, j’ai vu mon premier mort. Il était dans la 3ème chambre à gauche. La porte était ouverte quand j’étais passée le matin. Il s’appelait Monsieur F. Je ne sais plus de quoi il est mort, je me souviens que la veille, j’avais vu chez lui ma première dyspnée de Kussmaul. J’ai appris que c’est grave une dyspnée de Kussmaul, et qu’en médecine, les gens meurent (en fait, je l’avais déjà vu à la télévision, dans « Urgences », que les gens pouvaient mourir… mais ce n’est quand même pas pareil en vrai).

Quand j’étais en D2, flottant gaiement dans mon pantalon toujours taille 5 du SAMU, j’ai vu mon premier mort défenestré. Je revois la cour de l’immeuble en brique et la compagne de cet homme. Elle criait : « C’est de ma faute, c’est de ma faute ! » Il l’avait menacé de sauter si elle appelait la police, elle avait appelé la police, il avait sauté. J’ai compris que lors d’un décès, c’est surtout de l’entourage dont il est urgent de s’occuper. Ce que l’on n’a pas fait, car appelés sur une autre intervention, mais je me console en me disant qu’un médecin comme Armance a pu finalement Lire la suite